Christine Fréchette veut mettre en place un « bouclier » gouvernemental aux tarifs de Donald Trump. Ses adversaires politiques décrivent plutôt la mesure comme un coup d’épée dans l’eau, qui pourrait même se retourner contre le Québec.Quelques heures après avoir annoncé une série de mesures visant à aider les entreprises québécoises à traverser la tempête tarifaire, la cheffe de la Coalition avenir Québec s’est exprimée mardi devant les médias. Depuis l’édifice Honoré-Mercier, qui abrite les bureaux de la première ministre à Québec, elle a estimé que son annonce de la veille introduirait 1,5 milliard de dollars dans l’économie québécoise d’ici janvier.« C’est clair, le Québec fait face à un intimidateur. Face à lui, on a deux choix : soit on s’incline et on finit à genou, soit on garde la tête haute et on se tient debout », a lancé Christine Fréchette.Dimanche, la première ministre sortante avait mis sa campagne sur pause à quelques heures de l’entrée en vigueur des contre-tarifs imposés par le Canada aux États-Unis. Rentrée à Québec, elle a tenu une réunion du Conseil des ministres et a invité ses rivaux politiques à une séance d’information sur la réponse québécoise au contexte tarifaire.Ainsi, comme annoncé lundi soir, le Centre d’acquisitions gouvernementales suspendra la règle du plus bas soumissionnaire et réservera « des appels d’offres aux entreprises ayant un établissement au Québec ou au Canada ». Le ministère des Transports, Santé Québec et la Société québécoise des infrastructures exigeront quant à eux qu’« au moins 15 % de la valeur des matériaux et équipements soit québécoise ou canadienne » dans les projets de construction de moins de 9,2 millions de dollars.« Concrètement, on va se servir des achats du gouvernement comme d’un bouclier », a illustré Christine Fréchette mardi, invitant les Québécois à « augmenter de 25 $ par semaine [leurs] achats auprès d’entreprises québécoises ».Plus tard en soirée, Donald Trump a répliqué à l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens. Le président américain a ordonné à l’agence fédérale chargée de superviser les marchés publics de retirer tous les produits d’origine canadienne de son « calendrier des attributions ».« Drapeaux rouges »Lui aussi à Québec mardi, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, est tombé à bras raccourcis sur la riposte tarifaire de Christine Fréchette et de Mark Carney. Il en a même fait une déclaration officielle de 1200 mots, qu’il a assortie d’une photo de lui et de plusieurs membres de son « équipe économique » (Nicolas Marceau, Stéphane Paquet, Natalie Bisaillon…) devant l’hôtel du Parlement du Québec.À ses yeux, la réponse du Canada soulève plusieurs « drapeaux rouges » pour l’économie du Québec.Le gouvernement fédéral « a fait le choix de ne pas écouter les demandes vitales et essentielles du gouvernement du Québec » en imposant des « tarifs généralisés mur à mur » en réplique à Washington, a-t-il déploré en point de presse, s’inquiétant aussi d’une éventuelle riposte américaine aux mesures annoncées par Québec.Quelques heures après avoir publié une vidéo solennelle concernant la situation tarifaire — vidéo qui « fonctionne », soutient-il —, le chef libéral Charles Milliard a accusé Christine Fréchette « d’instrumentaliser une crise » à des fins politiques.Dans la Capitale-Nationale, le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a qualifié le plan de Mme Fréchette de « mesurette ». Les conservateurs « sont des libre-échangistes », a-t-il rappelé en disant qu’il fallait trouver une façon de s’entendre avec les Américains.En réponse à la menace tarifaire, Québec solidaire propose pour sa part de créer une « provision Trump », un fonds de 2 milliards de dollars sur deux ans pour soutenir les entreprises québécoises.
Le «bouclier» tarifaire de Fréchette attaqué de toutes parts par ses rivaux électoraux
Ses adversaires politiques l’apparentent plutôt à un coup d’épée dans l’eau.







