Alors que des établissements déplorent encore des postes vacants et que le vivier de remplaçants n’est pas consolidé, un nombre important de CDD n’ont pas été reconduits, souvent au dernier moment. Une situation qui alerte les syndicats. Explications. Des contractuels expérimentés ont été remerciés pour certains à la veille de leur CDIsation. Photo Carine Schmitt/Hans Lucas Par Marion Rousset Publié le 03 septembre 2026 à 12h32 Pour de nombreux enseignants non titulaires, c’est la douche froide. À Paris, plusieurs centaines de contractuels ont découvert, dans un courriel envoyé le 21 août dernier, qu’ils ne seraient pas reconduits à la rentrée. De quoi déclencher une mobilisation dans la capitale, mercredi 2 septembre, à l’appel d’une intersyndicale qui dénonce une « décision brutale ». Décision qui concerne, soit dit en passant, bien d’autres académies. Le point sur un phénomène dont l’ampleur inhabituelle interpelle, alors que tous les établissements ne font pas le plein. Combien de contractuels n’ont pas été renouvelés ?Le sentiment d’hécatombe est palpable sur les pages Facebook consacrées aux enseignants contractuels, où les messages affluent depuis quelques jours. Comme ce post d’Éloïse : « Je me rends compte que beaucoup de contractuels n’ont pas été renouvelés pour cette rentrée, et j’en fais malheureusement partie après plusieurs années. Je trouve assez aberrante la façon dont cela s’est produit. Aucune communication de leur part, laissant pourtant espérer jusqu’au bout une reprise pour cette rentrée. C’est d’autant plus difficile à accepter après plusieurs années d’investissement et d’engagement pour tous. » S’il est trop tôt, selon le ministère, « pour faire un bilan exhaustif de la rentrée 2026 », des remontées syndicales semblent confirmer la tendance. Ainsi, 25 % de contractuels n’auraient pas été renouvelés à la rentrée dans l’académie de Toulouse, plus d’un tiers n’auraient pas été repris dans celle de Poitiers, 412 seraient sans affectation pour Créteil, « plusieurs centaines » pour Versailles ainsi qu’à Paris… « Nous avons été reçus sur un coin de table par le recteur qui nous a indiqué qu’il ne reviendrait que sur dix à quinze postes », souligne Louise Paternoster, cosecrétaire générale de la CGT Éduc’action. « C’est un phénomène inédit par son ampleur, puisqu’il touche y compris des académies qui ont des besoins, mais aussi au regard du profil des collègues qui perdent leur contrat », poursuit-elle. En cette rentrée, sont en effet touchés des contractuels expérimentés, remerciés pour certains à la veille de leur CDIsation devant intervenir à l’automne, qui n’avaient jusque-là reçu que des avis favorables. Pourquoi sont-ils aussi nombreux cette année ?La réforme des concours de l’enseignement, accessibles depuis 2026 dès la troisième année de licence, a permis d’élargir le vivier des titulaires. Le ministre de l’Éducation nationale s’était d’ailleurs réjoui, au début de l’été, de la hausse de 50 % du nombre d’admis dans le premier et le second degré, eu égard aux années précédentes. « Nous aurons assez de professeurs » à la rentrée, en avait-il déduit sur RMC. Si la baisse des besoins tient lieu d’argument principal, les syndicats dénoncent pour leur part un « plan d’austérité » déguisé. Le non-renouvellement de nombreux contractuels serait aussi la conséquence de la décision prise par le gouvernement de supprimer plusieurs milliers de postes d’enseignants dans le budget 2026, afin d’adapter les effectifs à la baisse démographique. Une chose est sûre, les premiers à faire les frais d’une telle mesure sont bien les CDD, qui servent de variable d’ajustement en pareille situation. À lire aussi : Rentrée scolaire : des professeures des écoles débutantes racontent le vertige du premier jour Les établissements scolaires font-ils vraiment le plein d’enseignants ?Non, et pour cause. Les nouvelles recrues admises en L3 ne sont pas devant une classe à temps plein. Une grande partie de leur temps, elles le passent à se former à l’université. Certaines disciplines continuent par ailleurs à souffrir de carences, comme les mathématiques et la physique-chimie. « De l’aveu de l’administration, tous les postes ne sont pas pourvus […] près de 10 % des besoins restent encore à satisfaire », pointe le Snes-FSU. Sophie Vénétitay, secrétaire générale de ce syndicat, précise au passage que « les rectorats auront besoin de ces collègues pour des remplacements en cours d’année ». Certains ont d’ailleurs déjà commencé à annoncer la couleur : « Dans l’académie de Versailles, une collègue s’est vu signifier au téléphone qu’elle serait rappelée au mois de décembre. Cette politique du “stop and go” est désastreuse humainement », estime-t-elle. « Aujourd’hui, le ministère adopte une vision extrêmement court-termiste. Dans l’académie de Créteil, on a des congés parentaux et des arrêts longs qui ne sont d’ores et déjà pas remplacés », ajoute Louise Paternoster. Autant dire qu’il faudra bien réembaucher des contractuels au gré des besoins qui ne manqueront pas de survenir… en espérant qu’ils ne se soient pas évanouis dans la nature entre-temps. Société Enfants Éducation nationale Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
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