Le camp conservateur d’Éric Duhaime convoite le gaz naturel du sous-sol québécois au nom de l’autonomie face aux États-Unis — et croit que l’acceptabilité sociale à l’égard de la fracturation hydraulique serait, cette fois, au rendez-vous grâce aux avancées technologiques.Un gouvernement du Parti conservateur du Québec (PCQ) renverserait l’interdiction, adoptée sous François Legault en 2022, d’exploiter les hydrocarbures du Québec et multiplierait les puits et les forages de Lévis à Sorel-Tracy, de Drummondville jusqu’à Saint-Hyacinthe, là où se trouve « l’un des plus grands bassins de gaz de schiste non développés au monde », selon les données de la Commission géologique du Canada.Le chef de droite, Éric Duhaime, a présenté un scénario d’exploitation sur 10 ans qui prévoit l’implantation graduelle de 650 puits dans le schiste d’Utica situé sous les basses-terres du Saint-Laurent. Selon les estimations du parti, l’État pourrait récolter 9,4 milliards de dollars au cours de cette période en vertu d’une redevance chiffrée à 16 % des revenus. Les propriétaires, MRC et municipalités affectées par les forages recueilleraient 1 % chacun pour un total, au terme d’une décennie, de 1,4 milliard de dollars.Au nom de l’autonomie du QuébecL’exploitation du gaz de schiste enfermée dans le sous-sol québécois est un enjeu de souveraineté économique aux yeux du PCQ. Le gaz naturel représente 14 % de la consommation d’énergie du Québec, souligne le parti, et la majorité provient du géant américain. « Il est légitime de dire que les États-Unis ont une mainmise sur une grande part du 14 % du mix énergétique du Québec correspondant au gaz », souligne le camp conservateur. Le gaz de schiste québécois servirait d’abord les besoins locaux; les surplus prendraient le chemin de l’Europe.Ce scénario repose sur la construction d’un gazoduc entièrement payé par le privé afin d’acheminer le gaz vers la Côte-Nord, où l’entreprise norvégienne Marinvest Energy ambitionne de bâtir un méga terminal de gaz naturel liquéfié évalué à 30 milliards de dollars. Ce dernier doit encore obtenir les autorisations, et possiblement du financement de la part d’Ottawa, avant de sortir de terre.Christine Fréchette ouvre la porteIl y a urgence d’agir, selon les conservateurs, pour ne pas se faire damer le pion à l’est. Le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve-et-Labrador songent aussi à exploiter leur sous-sol. La première ministre sortante Christine Fréchette avait indiqué, lors de la course à la succession de François Legault, son souhait d’étudier l’exploitation du gaz naturel. Elle a réitéré cette volonté, lundi, lors en marge d’une annonce.« Il y a un changement de donne, a-t-elle constaté. On veut de moins en moins reposé sur un approvisionnement qui vient des États-Unis et on veut de plus en plus reposer sur nos propres ressources. Les Québécois ont une pensée qui évolue du fait du nouveau contexte dans lequel on se trouve et suivant cette évolution-là, on va voir s’il y a lieu d’aller de l’avant avec une nouvelle façon de faire.»Le gouvernement de Jean Charest avait exploré l’exploitation du gaz de schiste devant les retombées promises à l’époque, avant de décréter un moratoire sur la ressource devant la levée de boucliers suscitée au Québec par la fracturation hydraulique et ses dangers pour les nappes phréatiques. Cette fois-ci, croit toutefois Éric Duhaime, l’acceptabilité sociale serait au rendez-vous grâce aux progrès technologiques.« La technologie a évolué. C’est de l’eau recyclée maintenant, il n’y a plus de nouvelle eau comme c’était le cas à l’époque où il y a eu un débat qui avait déchiré la population dans plusieurs régions, notamment dans cette région-ci », a lancé le chef conservateur Éric Duhaime, lundi, à Villeroy dans le Centre-du-Québec.« Sur quelle planète vit Éric Duhaime pour dire une telle chose? a demandé la porte-parole solidaire, Ruba Ghazal. Il n’y a rien à faire dans le gaz de schiste, il faut arrêter de prendre du retard, de reculer. Faut pas qu’on soit des suiveurs de ce que Trump et de ce que Carney veulent. Ce qu’on veut, c’est avancer dans nos énergies propres. »