À Malicorne-sur-Sarthe, terre de faïence et de céramique, Clélia Chotard redonne vie à des motifs oubliés en récupérant des morceaux de vaisselle qu’elle monte en bijoux. L’ancienne faïencière spécialisée dans la fabrication de bijoux dans son atelier dans les Pays-de-la-Loire. Photo Lorraine Turci pour Télérama Par Barbara Guicheteau Publié le 29 août 2026 à 15h00 Au fond du jardin de Clélia Chotard, à Malicorne-sur-Sarthe, coule une rivière, la Vézanne. Au printemps 2020, en plein confinement, sa fille aînée, Garance, 7 ans, y découvre un fragment de faïence ancienne, à peine patiné par le temps. La famille se lance dans une chasse aux trésors. Les tessons retrouvés sont nettoyés et alignés au soleil. Une pêche miraculeuse, aux racines historiques. Situé entre Le Mans et Angers, Malicorne possède de la terre riche en argile, un port pour le commerce et des forêts pourvoyeuses de bois : un environnement propice à la faïencerie, qui s’y est développée à partir du XVIIIe siècle. Pendant l’entre-deux-guerres, le village compte plusieurs manufactures produisant des pièces, réputées pour leurs ajourages complexes et leurs décors. « Les rebuts et les casses de four étaient alors jetés dans la Vézanne », raconte Clélia Chotard. Un siècle plus tard, ses trouvailles mêlent des tessons aux motifs grossiers, ou plus singuliers. Tel ce fragment représentant un Breton de dos, qu’elle taille et colle sur des attaches sommaires pour faire des tests de bijoux, « avec l’idée de donner une seconde vie à ce patrimoine oublié ». Attribué à l’atelier de Léon Pouplard (1865-1954), célèbre faïencier et taxidermiste local, le Breton évoque à Clélia Chotard un autre personnage solitaire : le voyageur contemplant une mer de nuages, de la toile portant ce nom, du romantique allemand Caspar David Friedrich (1774-1840). Délicats tessons « J’ai grandi à la campagne, dans une famille de bricoleurs valorisant la nature et la culture du faire », explique la créatrice, dont les goûts vont du classique au contemporain jusqu’à l’abstraction d’un Pierre Soulages. Élevée par un père dans la confection et une mère aux doigts de fée, elle a appris à manier le pinceau comme la machine à coudre ou la flûte traversière. Entrée aux Beaux-Arts du Mans en 2001, elle y explore le numérique, combine peinture et typographie, techniques classiques et expérimentales. En 2008, elle visite un ancien atelier de faïencerie à Malicorne : « Un voyage hors du temps, fondateur », qui lui inspire une exposition revisitant le concept des assiettes parlantes, décorées d’historiettes légendées. Elle photographie des scènes du quotidien urbain qu’elle reporte au pinceau sur un service de douze pièces façonnées à la main. Dans la foulée, elle emménage avec son mari à Malicorne, où ils intègrent l’une des dernières faïenceries en activité. Jusqu’en 2013, elle y occupe tous les postes, de la création de décors à l’organisation de salons, avant une parenthèse de quelques années. Mais les tessons de son jardin la ramènent à la faïence et elle se forme aux rudiments de la joaillerie pour « offrir des écrins aux décors anciens ». À lire aussi : “Restaurer une tapisserie, c’est comme s’immerger dans l’histoire” : Bénédicte Bordier, experte en ses métiers Ses bijoux sont conçus comme des cadres pour ses motifs préférés, composant des « petits tableaux à porter ». Elle coupe au format désiré des assiettes récupérées auprès d’associations ou de particuliers, puis fixe les fragments, limés et poncés, sur des supports façonnés sur mesure à partir de laiton français, plaqué à l’or fin. Ses premiers pendentifs, broches, boucles d’oreilles, naissent dans sa grange. Elle investit ensuite un petit atelier face au musée de la Faïence et de la Céramique, puis un plus vaste. « Je joue de plus en plus sur les volumes, avec des créations associant plusieurs cabochons et motifs », observe la fondatrice de l’atelier Vézanne. Après les bijoux, elle s’aventure aujourd’hui dans la décoration, avec des accrochages muraux de fragments d’assiettes. Un détournement des arts de la table. La palette de couleurs de Clélia Chotard. Photo Lorraine Turci pour Télérama Son objet : la palette d’aquarellesLes godets de peinture sont creusés et le pinceau mouilleur plus tout jeune, mais en parfait état. « Je suis très méticuleuse », avoue Clélia Chotard qui a commencé l’aquarelle à 7 ans avec une palette, précieusement conservée depuis. Enfant, elle aimait s’immerger dans le paysage rural puis retranscrire ses émotions en couleur sur la toile. « L’aquarelle permet d’insérer du flou dans le figuratif », apprécie-t-elle. Ses couleurs fétiches ? « Jamais de noir ! Mais beaucoup de bleu de Prusse et de terre de Sienne, des teintes omniprésentes dans la faïence traditionnelle. Et surtout, la laque de Garance, un carmin très transparent qui illumine, éclaire, réchauffe automatiquement. » Un pigment adoré, au point qu’elle a baptisé sa fille aînée Garance, celle par qui l’histoire de l’atelier Vézanne a démarré. Une affaire de transmission. Arts Artisanat Beau geste Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus