Dramaturge, romancier et essayiste multiprimé, il était connu pour son œuvre prolifique, nourrie de son expérience personnelle de la guerre, de la dictature communiste et des bouleversements de la Hongrie contemporaine. Péter Nádas à Paris en mars 2012. Photo Olivier Roller/Divergence Par Télérama, avec AFP Publié le 26 août 2026 à 14h54 L’écrivain hongrois Péter Nádas, une figure majeure de la littérature européenne dont l’œuvre monumentale a exploré les traumatismes du XXe siècle, est mort mercredi 26 août à l’âge de 83 ans. « Péter Nádas est mort », a déclaré à l’AFP son agente littéraire Anett Orosz, confirmant une information postée sur le compte Facebook de l’écrivain, annonçant qu’il était décédé mercredi matin à son domicile de Gombosszeg. L’un des plus grands écrivains hongrois contemporains, récompensé par plusieurs prix internationaux et pressenti à plusieurs reprises pour le prix Nobel de littérature, il est l’auteur d’une œuvre traduite dans de nombreuses langues. Dramaturge, romancier et essayiste, Péter Nádas était connu pour des méditations nourries de son expérience personnelle de la guerre, de la dictature communiste et des bouleversements de la Hongrie contemporaine. Récompensé par plusieurs prix littéraires, il a signé en 2005 le monumental Histoires parallèles, un ouvrage de plus de 1 000 pages qu’il a mis dix-huit ans à rédiger. L’œuvre, peuplée de multiples personnages et intrigues, a été saluée pour son caractère expérimental et audacieux. Comparé à Marcel Proust L’écrivaine américaine Susan Sontag plaçait Péter Nádas parmi les plus grands auteurs de son temps. Elle avait décrit son Livre des mémoires, rédigé entre 1975 et 1985, comme « le plus grand roman de notre époque, et un des plus grands du siècle ». L’attention méticuleuse portée aux détails et la fluidité de sa prose lui ont valu d’être régulièrement comparé à Marcel Proust. « Lire ses deux œuvres majeures exige un mode de vie en voie de disparition : s’asseoir et rester longtemps assis » dans son fauteuil, estimait le spécialiste de son œuvre Sandor Bazsanyi. Né à Budapest le 14 octobre 1942 dans une famille juive, Péter Nádas a vécu les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale dans une capitale hongroise ravagée par les combats. Sa mère est morte d’un cancer en 1955 et son père s’est suicidé trois ans plus tard. Il a ensuite été élevé par une tante. Photographe de formation, il a travaillé comme journaliste jusqu’en 1969 avant de se consacrer entièrement à l’écriture. La Bible paraît en 1967. Plusieurs romans, recueils de nouvelles et pièces de théâtre suivront, mêlant éléments autobiographiques, réflexion philosophique et critique du système politique de l’époque. En 1990, il épouse sa compagne de longue date Magda Salamon. Trois ans plus tard, il est victime d’une crise cardiaque. Réanimé, il tirera de cette expérience l’ouvrage La Mort seul à seul, publié en 2004. La littérature est une affaire personnelle, pas communautaire, ni nationale. Mais si personne ne la cultive, alors la population deviendra stupide à coup sûr. Péter Nádas en juin 2025 « J’aime vivre […] mais il était bon de mourir aussi, je n’avais jamais connu un état aussi paisible, une telle tranquillité », expliquait-il alors pendant un entretien télévisé, tout en affirmant que cette expérience se situait « au-delà des mots ». Essayiste prolifique, il publie encore en 2024 une critique de la société contemporaine et du désir humain de possession et d’accumulation. Newsletter Le réveil culture Votre condensé quotidien de l'actualité culturelle et nos recommandations du jour. Observateur de la vie politique hongroise, il n’hésitait pas à s’en prendre à l’ex-Premier ministre nationaliste Viktor Orbán. « C’est une autocratie, il est le parti », déclarait-il en 2022, qualifiant son système de « sorte de mafia d’Europe de l’Est ». « La littérature est une affaire personnelle, pas communautaire, ni nationale. Mais si personne ne la cultive, alors la population deviendra stupide à coup sûr », affirmait-il encore en juin 2025 au site hongrois Litera. À lire aussi : “Nous vous demandons pardon d’avoir menti pendant des années” : en Hongrie, la télé et la radio publiques cessent d’émettre Retiré dans sa demeure à la campagne, où il disait n’écouter ni la radio ni regarder la télévision, n’utilisant qu’Internet pour rester connecté au monde, Peter Nádas revendiquait une existence simple. « Je vis modestement et n’ai pas de désir de vivre autrement », disait-il. « Je suis né contemplatif. » Livres Disparition Hongrie Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus