Second concert au Festival de Varsovie et seconde soirée à guichets fermés pour l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) et Rafael Payare, associés cette fois au lauréat du concours Chopin 2025, Eric Lu. La rencontre mémorable prélude, on l’espère, à beaucoup d’autres.Rafael Payare et l’OSM sont particulièrement choyés. En moins d’un mois, ils ont accompagné les deux derniers vainqueurs du concours Chopin dans des prestations mémorables.Ce fut tout d’abord Bruce Liu, lauréat 2021, à Lanaudière dans un 3e Concerto de Prokofiev très personnel scruté avec de nombreuses idées pertinentes et un pianisme au scalpel. Eric Lu, lauréat 2025, revenait sur les terres de son sacre, mais avec un autre piano, puisqu’un Steinway remplaçait le cristallin mais moins riche Fazioli dans le 1er Concerto de Chopin.PoèteCe fut un magique moment de poésie. Nous évoquions dans le compte rendu du concert de dimanche une possible comparaison stylistique entre le 2e Concerto de Kevin Chen et le 1er Concerto d’Eric Lu. Mais il n’y a rien à comparer. Là où les doigts de Chen égrènent et martèlent des notes, ceux de Lu semblent à la fois flotter au-dessus du clavier et y coller pour organiser une mélodie continue. La quantité de musique entre les notes créée par ce pianiste, et nous l’avions noté quand il jouait Schubert, est tout simplement phénoménale.Eric Lu fait partie des esthètes du son, qui réfléchissent aux tenants et aboutissants des phrases, à leurs points d’inflexion et à la manière dont la couleur peut nourrir la perception des arches musicales. C’est que maîtrisent de manière croissante les très grands pianistes au fil de leur carrière. On pense là à feu Ivan Moravec, Arcadi Volodos, Andras Schiff, Mitsuko Uchida. Eric Lu a le temps : ce qu’il fait à 28 ans est plus qu’impressionnant. Il est là pour creuser cet art et durer… si le monde de la musique, qui se transforme en monde du showbiz, l’écoute et le laisse faire.Pendant le concerto, le pianiste a nourri son interprétation de son art. Il était intéressant de voir comment il a tenu la résonance de la fin du 2e mouvement jusqu’à l’attaque du 3e mouvement par le chef. Mais Eric Lu a déployé la plénitude de sa palette en bis, dans le Prélude op. 28 n° 15, dit « À la goutte d’eau », abordé avec patience et concentration et un double art de l’infinitésimal et de la maîtrise du temps. On comprend pourquoi Charles Richard-Hamelin s’était dit impressionné et influencé par le concept sonore (et sans doute le contrôle) de son collègue et ami dans les Préludes de Chopin.
À Varsovie, la rencontre d’Eric Lu et Rafael Payare
Le lauréat du concours Chopin illumine de sa classe le second concert de l’OSM à Varsovie.
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