L’amphithéâtre Fernand-Lindsay accueillait, samedi, pour la première fois le lauréat du Concours Chopin 2021, le Montréalais Bruce Liu, associé à l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), et Rafael Payare. Cette première, dans le 3e Concerto de Prokofiev, fut hautement mémorable.Pour ce concert à Lanaudière, Bruce Liu nous arrivait directement du très huppé Festival de Verbier, en Suisse, où il avait joué un récital, mardi, mais, surtout aussi ce même 3e Concerto de Prokofiev sous la direction de James Gaffigan le samedi 25 juillet, des concerts tous deux enregistrés en vidéo (Medici et Stage +), ce qui atteste que la soirée lanaudoise était particulièrement exceptionnelle, l’accompagnement de Gaffigan, à la tête d’un orchestre de jeunes, n’arrivant pas à la cheville, en matière de raffinement et d’élasticité, de celui de Payare et de l’OSM.ClimatsLes spectateurs ont très rapidement compris que le pianiste n’avait pas programmé cette œuvre virtuose reconnue pour ajouter une œuvre à sa liste de concertos : il en a livré une lecture personnelle, très approfondie, subtile, avec nombre de petites touches et d’accents pertinents, tout comme des rapports de dynamiques très prémédités.C’est l’étagement dynamique qui frappe en premier dans l’approche du pianiste, puisqu’il ne se jette pas dans le concerto de but en blanc, mais le construit. Dans cette construction, la manière dont Bruce Liu gère les transitions, avec des débuts de phrase qui semblent flotter sur des coussins d’air, est fascinante.L’autre caractéristique, patente dans les trois mouvements, est la gestion des épisodes de répit ou de réflexion, que l’on peut appeler « romantiques », au sein du concerto. Il y a là un équilibre très délicat à tenir, et on peut facilement en faire trop et, donc, caricaturalement opposer cirque et guimauve, l’exemple parfait de l’excès étant Lang Lang. Le tact avec lequel Bruce Liu et Rafael Payare ont géré ces moments a été un modèle, le passage lyrique du 3e mouvement revêtant une sorte de nostalgie infinie, mais sans rien appuyer (c’est très réussi aussi dans la vidéo de Verbier).