Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Le Goût du Monde Le Goût du Monde Le Goût du Monde La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker Chaque vendredi, la romancière Aude Walker imagine une fiction à partir d’une œuvre photographique. Cette semaine, le cliché de Lewis Khan. Article réservé aux abonnés Vingt minutes que je hurle son nom comme une sorcière en pyjama sur les sentiers qui filent en rayons tentaculaires autour de la maison de mon père. Persuadée qu’il a tracé jusqu’à la départementale, qu’une voiture l’a écrabouillé, que je vais devoir annoncer à mes frères qu’en plus d’avoir perdu notre père, j’ai perdu son chien. Je finis par le retrouver au bout de la route de la ferme, au beau milieu des figuiers. Saffy est là, parfaitement vivant, son organisme entier mobilisé pour renifler une figue écrasée ou un étron de crapaud dans les herbes jaunes. Quand il m’entend, il lève la tête, je suis certaine qu’il me sourit, avant de repartir en courant. Je le hais. Je l’aime. Je vais le tuer. Un peu plus bas, je manque de tomber deux fois dans le vallon pentu et herbeux. Et je finis par me jeter sur lui. Mes genoux s’enfoncent dans la terre, il se débat, me lèche le menton, ravi. Je l’attrape par le collier et reste couchée dans l’herbe, essoufflée, avec ses poils dans la bouche. Papa aurait trouvé ça très drôle. Papa trouvait Saffy drôle, et si intelligent, et vif ; le plus adorable de ses enfants, ce qui nous énervait tous, surtout les frères. Il lui donnait les croûtes de fromage, le gras du jambon, le laissait monter sur le canapé, lui racontait ses journées. Il vous reste 68.52% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« C’est ça qui me fait pleurer, à gros bouillons. Pas les chemises, pas les chaussures, pas même son lit défait. Cette place vide et ce chien qui attend »
Chaque vendredi, la romancière Aude Walker imagine une fiction à partir d’une œuvre photographique. Cette semaine, le cliché de Lewis Khan.






