Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Le Goût du Monde Le Goût du Monde Le Goût du Monde La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker Chaque vendredi, la romancière Aude Walker imagine une fiction à partir d’une œuvre photographique. Cette semaine, un cliché du photographe Antoine Henault. Article réservé aux abonnés Ce délire a fini par prendre fin, ça y est, ça déconfine partout dans le pays. Mais chez elle, à la table de la cuisine, le soleil sadique continue à cogner contre la fenêtre fermée, les heures à s’épuiser à passer. Rien ne déconfine du tout ; la tronche de son père demeure bel et bien confite dans la même mélasse. Pas le moindre changement : sonates de piano de Beethoven à fond de balle, ses mains qui s’agitent à la manière de moineaux blessés au-dessus du plan de travail, son regard fixe et rempli d’une seule et même chose – la cuisine, les plats à trouver, le restaurant qui doit ouvrir en septembre, les odeurs. Celles d’ail, d’oignons, de coriandre-carvi-cumin, la déesse Hécate à trois visages de la cuisine tunisienne qui a bercé de sa mélopée sa toute petite enfance. Celles d’algues japonaises et de l’amidon du riz, parfums issus de la cuisine découverte dans les animés des mangas qu’il bouffait, enfant tout juste exilé en France, matin, midi et soir dans les années 1980. Le tout mélangé avec le jus des viandes en sauce de la France où il a fini par grandir, à la campagne, à trente minutes de Paris. Il est fier qu’elle y soit née, ma fille est une vraie Parisienne. Et comme une vraie Parisienne, elle fait la gueule. Il vous reste 73.23% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Après avoir soupiré, quand elle pense à son dilemme, à ce petit coup de garce que lui fait la vie, elle a envie de cracher dans les cerises »
Chaque vendredi, la romancière Aude Walker imagine une fiction à partir d’une œuvre photographique. Cette semaine, un cliché du photographe Antoine Henault.






