Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Le Goût du Monde Le Goût du Monde Le Goût du Monde La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker Chronique Aude Walker Chaque vendredi, la romancière Aude Walker imagine une fiction à partir d’une œuvre photographique. Cette semaine, un cliché de Martin Bruno. Publié le 03 juillet 2026 à 17h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés A., la benjamine Mais dans quel monde S. a réussi à nous convaincre de faire un truc pareil ? Trois sœurs voilées sur une montagne à Lanzarote, à se passer, toutes les dix minutes, l’urne remplie des cendres de leur mère, dans une absurde danse macabre cadencée par son petit gong de merde, le tout en plein vent, ce vent des ténèbres, dans cette lumière dure comme du granit, tout qui te tabasse pour te pulvériser. Depuis qu’elle est installée à Lisbonne, dans son tout droit développement personnel et bien-être holistique, avec sa vie faite de stages dans la forêt à accoucher de sa propre voix dans des tentes enterrées, de danses extatiques, de bains de gongs et tout le tralala, elle n’est que rituels. Il a donc fallu qu’on se pointe ici, enroulées dans des voiles blancs longs comme des rideaux, simplement parce qu’elle a lu ça je ne sais où, je ne sais quoi, un rite hindouiste, je crois. J’ai fait douze heures d’avion, et me voilà sur une falaise, saucissonnée dans son rideau, prête à jeter ma mère par-dessus bord. Je pensais pourtant avoir bouclé ce dossier depuis des lustres. Vingt ans que j’ai tracé, enragée, laissant Madrid et la tyrannie maternelle derrière moi pour traverser l’Amérique latine en bus, aimer des gens dont j’ai oublié les prénoms, travailler partout. Il vous reste 71.63% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.