Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Le Goût du Monde Le Goût du Monde Le Goût du Monde La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker La nouvelle d'Aude Walker Chaque vendredi, la romancière Aude Walker imagine une fiction à partir d’une œuvre photographique. Cette semaine, un cliché de Luke Fullalove. Article réservé aux abonnés Comme tous les ans, tout début juillet, les balises rassurantes de l’été qui se mettent en place. Depuis aussi longtemps qu’elle se souvienne, la fin de l’école en juin, et puis tout pareil : le train jusqu’à St Austell, la ville derrière déjà auréolée du flou flatteur du souvenir et, de l’autre côté des fenêtres, elle pourrait fermer les yeux tant elle connaît le film par cœur, les entrepôts, les parkings et les lotissements qui s’évaporent en quelques minutes, puis l’ouverture, les talus couverts de ronces hauts comme des wagons qui balafrent les champs en mille morceaux, puis les premiers troupeaux, de tout petits moutons, des vaches caramel épuisées, des chevaux sous des couvertures imperméables alors qu’il fait presque beau, les collines blanches du kaolin qui sonnent l’arrivée en Cornouailles et, à la gare, sa grand-mère qui vient la chercher, fâchée mais heureuse de la voir, disant il fait toujours beau ici, alors qu’il bruine, s’arrêtant sur le chemin pour acheter du pain ou autre chose, une sortie en voiture, jamais pour rien, et puis le calme qui s’abat sur elle de voir se dérouler les choses comme d’habitude, comme tous les étés. A quelques petites choses près, tout de même. Elle a pris le train à la gare de Devon, pas à celle de Bristol. Elle a salué ses nouveaux amis d’internat, pleurant quelques larmes surtout pour T., qui va passer encore quinze jours seule, sans sa famille, dans l’internat désert avec pour seule compagnie les humeurs aléatoires de sœur G. et de sœur H., parce que tout le monde s’en fout, ils ont autre chose à faire. Il vous reste 60.79% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.