Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Économie mondiale Économie mondiale Économie mondiale Tribune Gilles Dufrénot Professeur des universités à Sciences Po Aix La dette publique d’un Etat est une question politique, et sa soutenabilité doit s’évaluer à l’aune des biens publics qu’elle permet de financer, explique, dans une tribune au « Monde », l’économiste Gilles Dufrénot. Publié aujourd’hui à 16h00 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés Ceux qui s’alarment du risque d’étranglement par la dette, dans le contexte actuel des ratios élevés de dette publique, oublient souvent que l’emprunt public joue un rôle central dans le financement des investissements dans les actifs d’avenir. L’emprunt public accroît la capacité des Etats à financer les actifs sans lesquels aucune souveraineté (technologique, numérique, militaire, écologique) n’est possible, ainsi que les actifs intangibles et industriels qui fondent la compétitivité des nations : capital humain formé par l’éducation, innovation portée par la recherche. Les transformations profondes de notre monde démultiplient nos vulnérabilités collectives (crises climatiques, tensions géopolitiques, risques épidémiques, révolution de l’intelligence artificielle, vieillissement démographique). Face à ces changements, les citoyens attendent de l’Etat les dépenses nécessaires à une résilience collective, un objectif difficilement compatible avec une trajectoire de réduction des ratios de dette publique dans les années à venir. Le caractère cumulatif des ratios de dette n’est pas toujours synonyme de mauvaise gouvernance publique. Il s’explique aussi par ce qu’un ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney [aujourd’hui premier ministre du Canada], a appelé la « tragédie des horizons » : le décalage entre l’horizon, relativement court, sur lequel les marchés acceptent de prêter aux Etats et l’horizon, bien plus long, sur lequel les actifs d’avenir révèlent pleinement leur productivité. Ce décalage alimente un effet boule de neige : ne pouvant financer des investissements de long terme que par des emprunts à échéance bien plus courte, les Etats sont contraints de « rouler » leur dette en permanence, s’exposant à des variations de taux qui reflètent moins la qualité de leur gouvernance budgétaire que des facteurs échappant à leur contrôle : tensions géopolitiques, arbitrages globaux entre classes d’actifs, humeurs des marchés. Il vous reste 54.78% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.