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rançois Bayrou cherche plus de 40 milliards d’euros d’économies. La Cour des comptes, le Fonds monétaire international, Bruxelles : tous réclament à l’unisson des « efforts ». Mais de quels efforts parle-t-on ? Réparer une erreur ? Expier une faute collective ?

Derrière cette injonction, c’est toujours le même récit moral de la dette publique qui transparaît. Celui d’une France qui, depuis quarante ans, aurait « vécu au-dessus de ses moyens », compromettant l’avenir de ses enfants. Dans cette fable, la dette n’est pas d’abord une contrainte économique, mais le symptôme d’une faute collective. Et l’austérité – ces « efforts » – devient la pénitence imposée pour la laver.

Ce récit plonge ses racines dans un imaginaire religieux et moral profondément ancré – en allemand, Schuld signifie à la fois « dette » et « culpabilité ». Dans la tradition chrétienne, dette et péché sont intimement liés, presque confondus. En araméen, la langue de Jésus, comme en grec, un même mot désigne les deux. La dette suprême, c’est le péché originel dans la Genèse. Cette analogie continue d’imprégner notre perception de la dette : jamais simplement une donnée comptable, mais toujours une transgression à expier. Le premier ministre la qualifie de « malédiction sans issue ».