Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Nucléaire Nucléaire Nucléaire Tribune Romain Blachier Spécialiste de l’énergie La baisse inédite du niveau des cours d’eau et leur réchauffement produisent un effet de bascule qui implique de revoir les modèles hydrologiques actuels, estime Romain Blachier, expert associé à la Fondation Jean Jaurès, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 15h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Lundi 3 août, l’armée roumaine a fait sauter des rochers dans le lit du Danube. Il fallait rediriger assez d’eau vers la centrale nucléaire de Cernavoda, dans l’est du pays, pour qu’elle puisse continuer de tourner. Dynamiter un fleuve afin de garder des réacteurs en service : l’image restera comme l’un des symboles de cet été européen. Mais cela n’a pas suffi : jeudi 13 août, la centrale a dû être arrêtée. En France, la scène est moins spectaculaire, mais la mécanique est identique. Le 3 août également, les deux réacteurs de Chooz, dans les Ardennes, et un réacteur de Cattenom, en Moselle, étaient à l’arrêt en raison d’une baisse de débit de la Meuse et de la Moselle. Quatre autres, au Bugey (Ain), au Tricastin (Drôme) et à Saint-Alban (Isère), tournaient avec une puissance réduite. Deux jours plus tôt, l’Office français de la biodiversité recensait 1 373 petits cours d’eau en rupture d’écoulement ou à sec, soit 43 % des stations de son réseau de surveillance. Une situation inédite à cette période de l’année. Un court-circuit, c’est deux fils qui n’auraient jamais dû se toucher. Nous venons d’en fabriquer un. D’un côté, une politique énergétique qui raisonne en mégawatts ; de l’autre, une hydrologie qui décide, mètre cube par mètre cube, de ce que ces mégawatts produiront vraiment. Les deux fils se sont touchés cet été. Personne n’avait prévu de disjoncteur. EDF répond, chiffres à l’appui, que les pertes de production pour causes environnementales ont représenté 0,3 % de la production annuelle du parc entre 2001 et 2023. Le chiffre est exact. Il répond simplement à une autre question. Car un système électrique ne se juge pas au volume produit dans l’année, mais au moment où il produit. Ces 0,3 % ne tombent pas au hasard. Ils tombent quand les climatiseurs tournent, quand le secteur de l’énergie hydraulique manque d’eau lui aussi, et quand nos voisins sont confrontés à la même situation, au même moment. En Hongrie, trois des quatre réacteurs de Paks ont été arrêtés du fait de l’assèchement du Danube. En Serbie, deux grandes centrales hydroélectriques sont descendues respectivement à 20 % et à 30 % de leur capacité. Une moyenne annuelle dissout précisément ce qui fait le risque, à savoir la simultanéité. Il vous reste 65.71% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.