De Couperin aux jeux d’échos entre deux orgues, le claviériste français Jean-Luc Ho passe cette semaine par Bruxelles, Louvain et Namur, en attendant la sortie de son nouvel album sur le label Musica Ficta. Entretien.Le résuméJean-Luc Ho revendique une pratique décloisonnée du clavecin, de l’orgue et du clavicorde.Il défend Couperin comme une "colonne vertébrale" de la musique française.À Namur, deux orgues dialogueront entre spatialisation, échos et improvisation.Organiste, claveciniste, clavicordiste: Jean-Luc Ho préfère réunir ses pratiques sous un même terme, celui de "claviériste". Une manière de renouer avec une époque où ces instruments appartenaient encore à un même monde musical.Formé au Conservatoire de Paris et profondément marqué par l’enseignement de la célèbre claveciniste Blandine Verlet, le Français cultive autant les répertoires anciens que la connaissance des instruments qui les font revivre.Bach, Couperin, Byrd ou Sweelinck jalonnent une discographie où cette attention au son, à la facture et aux tempéraments occupe une place centrale. En Belgique, entre le 11 et le 16 août 2026 (dates et liens dans l'encadré ci-dessous), il passera précisément d’un clavier à l’autre, jusqu’à faire dialoguer deux orgues à Saint-Loup, à Namur.François Couperin: La Françoise (Chaconne, ou Passacaille) par Jean-Luc Ho, clavecinVous êtes organiste et claveciniste, mais vous préférez le terme de claviériste. Pourquoi ce raccourci ?Pour être un musicien complet, il faut être claviériste. N’être que claveciniste, c’est se priver d’une partie importante du métier. Autrefois, les musiciens ne dissociaient d’ailleurs pas ces deux instruments. De la Renaissance au XVIIIᵉ siècle, il existe toute une littérature commune, qui ne traçait pas de frontières entre la musique d’église et la musique profane.Sur un plan purement pratique, pour jouer de l’orgue, il fallait des aides, des souffleurs pour activer l’instrument. On ne pouvait pas en jouer tout seul, rien que pour soi. C’est pourquoi les organistes de l’époque travaillaient leur instrument au clavecin ou au clavicorde, qu’ils jouaient bien davantage.Lors de mes concerts en Belgique (dates et liens dans l'encadré ci-dessous), j’aurai la chance d’être tantôt au clavecin, tantôt à l’orgue. À paraître prochainement, le nouvel album de Jean-Luc Ho avec les "Nations" de Couperin, enregistrées à Mons, sur le label Musica Ficta. ©François MoreauAux Midis-Minimes et à Louvain, c’est notamment François Couperin que vous mettrez à l’honneur avec l'une de ses quatre "Nations" de 1726, sommet de la musique baroque française représentant le concept des "goûts réunis" entre styles français et italien.À mes yeux, François Couperin est à la musique française ce que Jean-Sébastien Bach est à la musique allemande. Une véritable colonne vertébrale, un maître absolu des claviers. Aux Midis-Minimes, nous donnerons notre premier concert pour marquer la sortie de l’album avec les "Nations" de Couperin, que nous avons enregistrées à Mons avec un collectif de musiciens pour le label Musica Ficta."À mes yeux, François Couperin est à la musique française ce que Jean-Sébastien Bach est à la musique allemande. Une véritable colonne vertébrale, un maître absolu des claviers."Jean-Luc HoClaviéristeÀ Namur, le concert que vous allez donner en compagnie de Yoann Moulin sur les deux orgues de l’église Saint-Loup sera fait, dites-vous, de dialogue et de batailles. Concrètement?À l’époque baroque, en Espagne et en Italie, les églises possédaient souvent deux orgues d’importance égale, contrairement à ce que l’on rencontrera plus tard dans les églises catholiques. Celles-là posséderont habituellement un seul grand orgue de nef soliste et un petit orgue de chœur pour les accompagnements de chant. En fait, la pratique du jeu à deux orgues de même importance était assez courante. Il y a toute une littérature qui s’appuie sur ce dialogue.Nun komm den Heiden Heiland BWV 659 | Bach | à l’orgue de la Collégiale de Dole | Jean-Luc HoCe qui n’est pas le cas de Saint-Loup, et de ses deux orgues restaurés par la manufacture Thomas...En effet. Le grand orgue de nef a plutôt une esthétique d’Allemagne du Nord, tandis que le petit orgue de chœur, au sol, est plus proche de l’esprit du XVIIIᵉ siècle. Malgré leur personnalité et leur style propres, ils ont cependant été pensés dans une complémentarité, ce qui permet de les jouer ensemble. Ils ne sont pas accordés aux mêmes diapasons, mais en transposant, on peut les réunir dans une même harmonie."De la Renaissance au XVIIIe siècle, il existe toute une littérature commune, qui ne traçait pas de frontières entre la musique d’église et la musique profane."Jean-Luc HoClaviéristeNous allons aborder ce programme avec beaucoup de liberté. Au-delà des œuvres pensées pour être jouées sur deux orgues – et qui évoquent souvent des batailles –, mon confrère Yoann Moulin et moi avons décidé de laisser aussi une large part à l’improvisation.Une expérience sonore inhabituelle?Oui, car nous allons mettre en vibration tout un lieu, en proposant au public une expérience acoustique autant que musicale. Nous partirons notamment de pièces composées soit pour un ensemble instrumental, soit pour un ensemble de chanteurs, et nous allons les mettre en espace en utilisant les deux orgues. Il va donc y avoir des jeux de spatialisation, de proximité, d’éloignement, d’écho… Il y aura de l’imprévu au programme!