En plus d'écumer les scènes, Stéphane Renard en classique et Dominique Simonet en jazz écoutent ce qui sort des studios d'enregistrement. Voici la crème de la crème de mai!LES COUPS DE CŒUR CLASSIQUE1. "Clavecin XX – Falla, Poulenc, Françaix, Górecki" (Alpha)Par Justin Taylor/Orchestre national de Lille★★★★☆Cantonné au répertoire baroque, le clavecin ? Allons donc. Le nouvel album du jeune et talentueux Justin Taylor nous offre quatre concertos dédiés à l’instrument au XXᵉ siècle. De quoi en découvrir des facettes bien inhabituelles. Ce florilège réunit ainsi les variations ludiques de Jean Françaix (1959), les accents motoriques d’Henryk Górecki (1980), l’évasion champêtre de Francis Poulenc (1927-28) et le modernisme affiché du concerto composé par Manuel de Falla en 1923 pour la pionnière Wanda Landowska, laquelle refusait de faire du clavecin "une pièce de musée".Une affirmation dont Justin Taylor confirme ici toute la pertinence, nous offrant en prime des interludes solo de Bartók, Gassot, Martinů et Joplin. Avec la brillante complicité concertante de l’Orchestre national de Lille. Éblouissant. (Stéphane Renard)FRANCAIX // 'Concerto for Harpsichord and Instrumental Ensemble: V. Finale' by Justin Taylor2. "Beethoven – Pianos trio – vol.2" (Alpha)Par le Busch Trio★★★★★Suite au premier volume paru il y a six mois à peine, voici déjà le deuxième tome de l’intégrale pour trios avec piano de Beethoven par le Trio Busch. Un pur régal que ces retrouvailles avec un ensemble à l’éloquence remarquable, dont la cohésion viscérale et l’enthousiasme ne sont plus à démontrer. Outre le trio en sol majeur op.1 n°2 et son superbe "largo con espressione", les Bush proposent aussi le trio en mi bémol Wo038, qui pourrait passer pour une exquise bagatelle, ainsi que le charmant Allegretto H.48. Pour compléter ces œuvres de jeunesse, les plus tardives "Variations op.44" sont d’une tourbillonnante inventivité. Elles déroulent une vaste palette d’émotions, entre solennité et fébrilité, virtuosité et humour, offrant à chaque instrumentiste ses morceaux de bravoure. Du grand art, servi avec une évidence lumineuse. (Stéphane Renard)'Beethoven: The Piano Trios Vol.1' by the Busch Trio3. "Carl-Maria von Weber - Der Freischütz" (Ricercar)Arrangement pour vents par l'Ensemble Wolf★★★★☆À l’origine de l’opéra romantique allemand, le singspiel "Der Freischütz" de Carl-Maria von Weber (1821) est une œuvre à grand spectacle. Le succès de cette riche partition lui valut nombre de transcriptions, dont une réduction pour instruments à vent par Karl Flachs au 19ᵉ siècle. Le clarinettiste Jean-Philippe Poncin et son ensemble Wolf en proposent une relecture haute en couleurs, osant une révision en profondeur de l’arrangement original. Cette joyeuse bande de flûtistes, hautboïstes, cornistes, clarinettistes et bassonistes accouche d’une version inédite. Ils s’en donnent à cœur joie dans cette peinture sonore d’un vieux conte allemand. Où l’on respire l’humidité de la forêt, pactise avec le diable, emprunte au folklore, danse avec les villageois. Tout cela bien sûr pour une histoire d’amour a priori mal barrée… C’est arrangé avec une extrême subtilité et interprété par le gratin des souffleurs de ce pays. Dépaysant et romantique, ce grand bol d’air(s) un tantinet désuet est d’autant plus attachant. (Stéphane Renard)LES COUPS DE CŒUR JAZZ1. "Shining Face" (Igloo/Hypnote)Par l'Igor Gehenot Trio★★★★☆Le musicien: pianiste depuis son plus jeune âge, Igor Gehenot (Liège, °1989) est passé par la florissante académie d’Amay puis par les conservatoires de Maestricht et de Bruxelles, où l’influence du pianiste Eric Legnini le marque à jamais. Depuis, tant sur scène qu’en studio, Igor Gehenot joue et improvise avec un feu toujours renouvelé.Notre avis: la complicité entre le pianiste Igor Gehenot, Sal La Rocca à la contrebasse et Umberto Odone à la batterie transparaît tout au long de "Shining Face". Dédié au regard lumineux de son fils, cet album alterne les moments dynamiques et mélancoliques.On reconnaît toute la finesse d’écriture du pianiste dans le morceau titulaire de l’album, où cohabitent densité et légèreté, ponctuées de séquences répétitives envoûtantes. Tension et détente se retrouvent également dans "All of You", standard de Cole Porter ici sous l’influence de Bill Evans, comme la ballade "Giulio", d’une douceur infinie. "Big Foot", de Paul Bley, est, lui, plus proche du groove à la Éric Legnini. Encore marqué par les envolées lyriques de "Eyes of a Black Dog", "Shining Face" se clôt magistralement avec le crescendo de "Bulle", et l’on s’en retrouve pantois.2. "Straight Ahead" (Boppin’ Monk Records)Par Vincent Thekal, saxophone. Avec Rémy Labbé, Casimir Liberski, Sal La Rocca, Armado Luongo★★★★☆Le musicien: né en 1982 en Lorraine française, passé par le conservatoire de Metz et un prix de saxophone classique à dix-neuf ans, Vincent Thékal fait partie de ces nombreux jazzmen de diverses origines qui trouvent à s’épanouir dans le creuset bruxellois.Notre avis: ah! comme on aurait aimé être là, en ce 1ᵉʳ novembre 2024, à la Jazz Station de Bruxelles, pour assister à l’enregistrement de ce concert époustouflant! Sous une très belle pochette, aquarelle de Serge Dehaes, l’album "Straight Ahead" porte bien son nom, car il va droit au but: swing et groove à donf.Hard bopL’inspiration est claire, c’est le hard bop et son groupe phare, les Jazz Messengers d’Art Blakey, tendance Bobby Timmons. Ici, la formation en quintette est identique, et, d’ailleurs, toutes les compositions sont dues à des Messengers trompettistes, Donald Bird, Lee Morgan et, surtout, Kenny Dorham. Tout est éclatant dans ce disque, mouvements d’ensemble, chorus, passages de relais entre solistes, etc. Au ténor, Vincent Thékal est dans son élément, avec des interventions lyriques, bien sûr, mais aussi râpeuses, voire rollinsiennes. → En concert les 22, 23 et 24 mai au Brussels Jazz Weekend.Vincent Thekal Quintet - Teaser3. "King of Now - The Pulse of Miles Davis" (Warner Music Arts)Par Gregory Hutchinson, batterie. Avec Ambrose Akinmusire, Ron Blake et Gerald Clayton★★★★★Le musicien: né à Brooklyn dans une famille de musiciens originaire de Trinidad, Gregory Hutchinson (°16 mai 1970) assoit sa réputation de meilleur batteur de sa génération lors de sa participation au groupe du trompettiste Roy Hargrove, dans les années nonante. Comme la plupart des batteurs, il devient leader sur le tard, à partir de 2023, avec l’album "Da Bang".L’album: pas facile de rendre hommage à Miles Davis, centenaire le 26 mai de cette année, tant les tentatives sont nombreuses. La recette du batteur Gregory Hutchinson: s’entourer des personnes les plus (im)pertinentes, comme Ambrose Akinmusire sur le siège de Miles.S’ouvrant "Ah-Leu-Cha" de Charlie Parker, hard bop enjoué, l’album explore ensuite les moments les plus aventureux du parcours davisien, les périodes de transition vers la musique modale et électrique. Ainsi en va-t-il de "Bitches Brew", où contrastent trompette claire et clarinette basse, ou de "Feio", de Wayne Shorter, aux typiques saillies sonores. Au travers du poème sonore "The Masters" et du solo "Ellehcem’s Time", Hutchinson rend également hommage ceux qui l’ont précédé aux baguettes chez Miles, de Tony Williams à Jack DeJohnnette en passant par Al Foster. Brillant de partout.
Classique & Jazz: nos coups de cœur du mois de Justin Taylor à Gregory Hutchinson
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