Le flûtiste québécois Vincent Lauzer, codirecteur général et artistique de Montréal baroque, possède, à la veille de la tenue de la 24e édition de ce festival, le profil parfait pour poursuivre nos entretiens, amorcés avec trois chanteurs de La bohème, à Québec, sur les ambitions, débouchés et écueils des carrières de nos meilleurs jeunes musiciens d’ici.Tout comme la pianiste Élisabeth Pion et le violoncelliste Cameron Crozman, avec lesquels nous nous sommes entretenus ces dernières semaines, Vincent Lauzer a été couvert de tous les lauriers. Premier Prix Tremplin du Concours de musique du Canada (2012), Découverte de l’année aux prix Opus 2012, Révélation Radio-Canada l’année suivante, le flûtiste à bec le plus célèbre du Québec a également bénéficié de la bourse de carrière Fernand-Lindsay en 2015.Les contrats, c’est moi !Cette bourse a été déterminante dans le début de carrière de Vincent Lauzer. « J’ai eu la chance d’aller étudier en 2017 avec Maurice Steger [le plus célèbre flûtiste à bec du monde]. J’ai passé une semaine chez lui. Nous avons joué de la flûte, mais avons aussi beaucoup discuté. Je voulais comprendre comment il avait réussi à faire une carrière de soliste en tant que flûtiste à bec, ce qui est admirable, car on n’en voit pas tant que ça dans l’histoire. »Lorsque Vincent Lauzer a demandé à Steger s’il pensait qu’un jeune Québécois ou Canadien pouvait aspirer à la même destinée, le verdict du Suisse a été sans appel. « Il a été très réaliste et j’ai apprécié sa franchise. Il m’a dit : “C’est dommage, mais en Europe, on n’a pas besoin de toi. Les contrats de soliste en flûte à bec, c’est moi qui les ai ! De temps en temps, quand on me demande de faire un Concerto brandebourgeois no 4, j’encourage l’embauche d’un jeune musicien, mais les visées européennes pour un flûtiste à bec du continent nord-américain, ça va être très difficile.” »