C’est un fort intelligent programme Haydn-Mozart que Bernard Labadie et Les Violons du Roy ont présenté au Festival de Lanaudière vendredi soir. Le concert, tout en subtilités orchestrales, était aussi le premier au Canada de la soprano allemande Hanna-Elisabeth Müller.À chaque fois que Bernard Labadie dirige une symphonie de Haydn on se dit que Mahler et Chostakovitch c’est bien, mais que nos orchestres symphoniques feraient bien d’entretenir de temps en temps cette « hygiène musicale » vitale. Buriner une partition comme Les Violons du Roy ont ciselé la 81e Symphonie c’est non seulement du grand art, mais c’est fort utile pour la cohésion d’un ensemble.OrchestreÉvidemment quand on pense à l’excellence dans Haydn, on pense à la vélocité des allegros, mais il y avait plus intéressant dans cette 81e Symphonie : l’Andante (2e mouvement), avec le dialogue parfaitement dosé et les phrasés ajustés de la flûte et des 1ers violons. Ailleurs on admirait l’articulation nette et l’intelligence des coups d’archets.Dans notre perspective, ou de notre place, la formule des notes répétées avec un forte suivi de nombreux pianos, dans le 1er mouvement, a été mieux incarnée par les 2e violons, dont la nuance piano restait bien tangible, que par les violoncelles, trop évanescents. On peut aussi (mais c’est affaire de goût) imaginer un 3e mouvement plus bourru, plus caricaturalement « paysan ».Dans l’autre symphonie, la 33e de Mozart, on a surtout remarqué le 2e mouvement très allant, un choix qui s’est avéré très judicieux, et la magnifique cohésion des paires de hautbois, bassons et cors naturels, notamment dans le Finale. Le rebond musical était aussi éloquent que la beauté des couleurs. Le chef avait rajouté deux ouvertures de Haydn très bien choisies, introduisant des airs de Mozart. L’allegro de L’Isola disabitata, que Bernard Labadie aime bien programmer,était spectaculaire.ChanteuseLe reste du concert était occupé par quatre grands airs de Mozart par Hanna-Elisabeth Müller. Le compositeur est au coeur du répertoire de cette chanteuse allemande de 41 ans qui n’avait jamais chanté au Canada. Hanna-Elisabeth Müller est en soi impressionnante : le volume vocal et la présence ne manquent pas d’étonner par rapport au gabarit svelte de la chanteuse.Si tel est le cas, c’est que la technique est optimisée en tous points. Le placement vocal est exceptionnel et Hanna-Elisabeth Müller a peut-être même des dispositions physiologiques au niveau des résonateurs qui permettent une telle efficacité. Du coup, la soprano lyrique dispense une sorte de leçon de chant.Cela dit, nous avons eu le grand tort de lire, dans les notes de programme, le « Mot du directeur artistique » avant le concert, qui est, en soi une leçon de modestie, pour nous aussi, qui écrivons sur la musique. Cette leçon tient au poids des comparatifs.Lorsque Renaud Loranger nous annonce un « instrument aux mille teintes d’argent, rappelant l’immense Gundula Janowitz ou encore Lucia Popp » (tant qu’à faire autant rajouter Arleen Auger et Margaret Price, comme ça le tableau sera complet), il induit une attente particulière de la part de l’auditeur, qui est celle d’une relation sensuelle au timbre et à l’art dramatique et expressif, le second passant par le premier pour Janowitz et Price ; les deux se combinant pour Popp et Auger.Ce n’est pas faire insulte à Madame Müller que de constater qu’il n’y a pas un zeste de tout cela dans son chant ou son art. Il y a une technique stratosphérique, mais l’expression se fait par la mobilisation de ces moyens techniques, jamais par la résonance d’une fibre dramatique ou sensuelle particulière. Le timbre n’a aucune caractéristique ou singularité qui viendrait nous toucher ou bouleverser. Le mot qui vient à l’esprit, encore et toujours dans le chant de Hanna-Elisabeth Müller est « efficacité ». Le moment le plus convaincant, voire presque vibrant, sur le plan de l’incarnation était le récitatif de Vitellia de La clémence de Titus. Pour le reste on était dans un « charme généraliste » convenu, agréable, mais stéréotypé.Belle soirée évidemment, avec une très agréable chanteuse de haut niveau, un grand orchestre et un grand chef. Pour de grands frissons vocaux, peut-être faudra-t-il inviter un jour Joélle Harvey à nous chanter quelque chose.