C’est au rythme des chansons de Queen, des Beatles et de Scorpions que la cinéaste Gilda Pourjabar, du haut de ses 12 ans, suit les traces de son frère Siamak et s’immerge dans la musique rock occidentale. Au cœur des années 1990 à Téhéran, le régime des mollahs impose un climat de censure et réprime durement l’écoute de la musique « décadente » de l’Ouest, entraînant la création d’un marché clandestin de cassettes et de disques venant de l’étranger. Pour la fratrie, l’écoute de cette musique est certes risquée, mais surtout précieuse. Et grisante.Gilda Pourjabar le dit sans détour : elle et son frère aîné, comme tant d’autres jeunes Iraniens de son époque, étaient « occidentalisés », « intoxiqués » par une fascination pour la culture et la musique occidentale.« Tout ce qui venait de l’Occident était en quelque sorte notre science-fiction, car cela contrastait tellement avec la période sombre des années 1980-1990 [...] C’était comme une bouffée d’air frais », explique en entrevue la cinéaste, dont le premier long métrage documentaire, Les Occidentalisés (The Westoxicateds), prend l’affiche ces jours-ci après une sélection aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, l’automne dernier.Le plaisir « underground »Arrivée à Montréal en 2011 pour des études en production cinématographique, Gilda Pourjabar nourrissait depuis plusieurs années l’idée de tourner un film dans son pays natal et de revisiter la contre-culture musicale qui a marqué sa jeunesse. Avec le désir, aussi, de mettre en lumière la vie culturelle contemporaine à Téhéran, aujourd’hui plongé dans la guerre déclenchée par l’offensive israélo-américaine en février dernier.