Le simple nom de Yannick Nézet-Séguin à l’affiche aura suffi à doubler l’auditoire d’un concert du Festival de Lanaudière, dimanche après-midi. Le chef a dirigé Beethoven et Tchaïkovski, en débardeur façon gilet, le public a hurlé son enthousiasme et le festival a rempli ses caisses. Les enseignements de l’expérience ne vont guère plus loin.Il y a de quoi, à la fois, se réjouir et vaguement déprimer en voyant la déferlante sur l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay, comme au « bon vieux temps » des audiences à 3500 ou 4000 spectateurs.Se réjouir de voir que le pouvoir d’attraction potentiel est intact ; déprimer parce qu’on a l’impression que le festival pourrait déployer des efforts incroyables pour réunir les plus belles affiches de la terre avec des invités prestigieux, que cela aurait moins d’impact que d’afficher l’enfant du pays.On en est quasiment rendu au même niveau sur le plan artistique : c’est forcément génial, puisque c’est Yannick… Évoquons le souvenir du concert du 21 juillet 2012, associé aux plus riches heures du Festival, soirée où Manfred Honeck dirigeait l’Orchestre de Pittsburgh dans le Concerto pour violoncelle de Dvořák et la 5e Symphonie de Tchaïkovski. Non seulement si ces mêmes artistes avaient joué hier après-midi nous sommes prêts à parier que, malgré le luxe de l’affiche, ils auraient attiré moins de monde, mais, en plus, qui est prêt à entendre que leur 5e de Tchaïkovski d’alors se situait à des encâblures au-dessus de celle, spectaculaire, mais professionnellement routinière et manquant de creusement psychologique, de l’OM ?ConcentrationVoilà donc la situation, et on fera avec. Le problème, c’est que le concert de dimanche posait tout de même quelques questions. Nous ne sommes pas critiques de mode, mais le choix de l’habillement devient d’intérêt musical s’il distrait de l’écoute. À ce titre, une petite anecdote amusante : nous avons eu la surprise de capter une discussion entre deux spectatrices, visiblement d’horizons fort différents, étonnées de constater qu’elles avaient toutes deux scruté l’écran afin de deviner (ô suspense) si le chef avait les aisselles épilées. En termes de concentration pour apprécier le Larghetto de Beethoven ou la souffrance de Tchaïkovski, on a déjà vu mieux ! De tout cela, nous avons personnellement été épargnés, puisque, comme la veille, nous étions plongés dans les partitions, avec moins d’éblouissements, certes.
Yannick Nézet-Séguin, jackpot de Lanaudière
Concert apprécié mais routinier d’œuvres phares du répertoire.







