L’anthropologue Julius-Cezar MacQuarie a fait de la nuit son sujet d’étude et son terrain de jeu. Le spécialiste de l’économie de la nuit a choisi Montréal comme point de départ d’une vaste recherche sur les conditions de travail de ses travailleurs, trop souvent oubliés. Le Devoir l’a accompagné dans l’une de ses marches d’observation dans les rues de la métropole.
21 h 24, place Émilie-GamelinVendredi 17 juillet. Alors que le groupe Zalam Kao fait danser la centaine de spectateurs rassemblés sur la place Émilie-Gamelin, Julius-Cezar MacQuarie nous propose un jeu pour amorcer la soirée : combien de métiers de la nuit pouvons-nous relever dans le périmètre autour de nous ?Au milieu des lumières colorées, le chercheur affilié à l’Université de Cork, en Irlande, en trouve rapidement une demi-douzaine : les artistes sur scène, les techniciens son et lumière, les serveurs du casse-croûte, mais aussi, à l’écart de la fête, les agents de sécurité qui patrouillent sur le site, les éboueurs qui vident les poubelles et les chauffeurs de taxi qui attendent les clients autour de la station Berri-UQAM.
« Lorsqu’on parle d’économie de la nuit, on parle surtout de la vie culturelle, du nightlife. Mais si on se concentre trop sur l’aspect culturel, on oublie tous les autres travailleurs de nuit, prévient Julius-Cezar MacQuarie. L’un ne va pas sans l’autre. »Montréal est le premier arrêt d’une tournée qui le mènera également à Birmingham, Istanbul, Budapest et Limerick.Avec l’appui d’universitaires locaux, son projet Nightwork Footprint vise à examiner le vécu de ces travailleurs et à proposer des politiques publiques pour améliorer leur sort.« Les travailleurs de nuit travaillent dans l’ombre, littéralement. C’est un problème structurel profond : ils sont rarement reconnus, jamais célébrés et souvent invisibles en raison de la nature même de leur travail », déplore l’universitaire d’origine roumaine.Selon Statistique Canada, plus de 320 000 Canadiens travaillent de nuit. Les communautés afro-descendantes, philippine et sud-asiatiques sont particulièrement surreprésentées dans ces données.22 h 11, rue Sainte-CatherineDans le Village, les fêtards sont de plus en plus nombreux à circuler sur la rue Sainte-Catherine. La soirée est fraîche, les bars se remplissent.Au milieu de la musique assourdissante, l’équipée du Devoir croise la route de quatre « Veilleurs ».Ces patrouilleurs de rue ont pour mission de prévenir les incidents et d’offrir des services de première ligne aux populations vulnérables.








