Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Santé-environnement Santé-environnement Santé-environnement Éditorial Le Monde Ce texte, annoncé en janvier par le premier ministre pour calmer la colère des agriculteurs, renonce à prendre en compte la défense de l’environnement. Il a aussi montré les divisions du bloc central sur la question des pesticides. Publié hier à 12h21, modifié hier à 17h18 Temps de Lecture 2 min. Read in English La loi d’urgence agricole, adoptée par le Parlement dans la nuit du mardi 21 au mercredi 22 juillet, comporte plusieurs dispositions néfastes, allant à l’encontre d’une politique ambitieuse de protection de l’environnement. C’est le cas, en premier lieu, de la possibilité de déroger à l’interdiction de deux pesticides, l’acétamipride et le flupyradifurone. Certes, cette mesure, introduite par les sénateurs contre l’avis du gouvernement, est encadrée. C’est une possibilité dérogatoire, pour certaines filières en difficulté, assortie de conditions et placée sous le contrôle de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. L’opposition de gauche et écologiste, ainsi que certains élus du bloc central, mais aussi de nombreuses associations de défense de l’environnement, y voient une manœuvre pour satisfaire les revendications d’une partie des agriculteurs. La question de l’utilisation des insecticides néonicotinoïdes – interdits en France depuis 2018 – est un sujet de santé publique : plusieurs études récentes mettent ainsi en évidence des impacts sévères sur la biodiversité, et suggèrent des effets sur le cerveau humain. Cette question était déjà au cœur, en 2025, des discussions autour de la très contestée « loi Duplomb ». Avant la censure, par le Conseil constitutionnel, des dispositions autorisant la réintroduction de l’acétamipride, une pétition contre ce texte avait recueilli plus de 2,1 millions de signatures. Il est plus que regrettable que, un an après ce débat qui avait agité la société française, une brèche soit ouverte dans la prohibition de ces substances, sans que la mesure ait été discutée au fond à l’Assemblée nationale. L’autre sujet, essentiel, soulevé par ce texte, est celui de l’eau. La loi propose notamment de doubler les capacités de stockage de l’eau pour l’irrigation agricole. Elle instaure également un principe de non-hiérarchie dans la prise en compte des usages de l’eau entre les préoccupations économiques et environnementales et fragilise les zones humides, systèmes de stockage naturel. Des mesures qui vont à l’encontre de la réalité du bouleversement climatique et de la multiplication des phénomènes extrêmes dont l’été 2026 est l’illustration : après trois canicules, de nombreux feux de forêts, la France connaît une sécheresse exceptionnelle, intense et précoce. En encourageant l’usage agricole, la loi peut ainsi d’aggraver l’état des nappes et des rivières, avec des répercussions directes sur la disponibilité de l’eau, en quantité comme en qualité, au détriment des milieux comme des usagers. Ce texte, annoncé en janvier pour calmer la colère des agriculteurs, est en réalité un piège pour Sébastien Lecornu. Pour éviter le blocage, le premier ministre a refusé le conflit avec la droite sénatoriale, qui réplique systématiquement les demandes de la FNSEA, le principal syndicat d’agriculteurs. Il renonce ainsi, une nouvelle fois, à faire de la protection de l’environnement une priorité et à mener un débat nécessaire sur l’adaptation des systèmes agricoles au changement climatique. En faisant ce choix, il fracture également son propre camp. La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, en désaccord avec la loi, devait démissionner, mercredi 22 juillet, mais s’est finalement ravisée, convaincue par le chef de l’Etat de « poursuivre sa mission », selon son entourage. Et les députés du bloc central, quant à eux, ont étalé leurs divisions dans l’Hémicycle. Une situation qui fragilise un peu plus le gouvernement, à quelques semaines d’un examen budgétaire qui s’annonce périlleux. Le Monde
La loi d’urgence agricole, un piège pour Sébastien Lecornu
ÉDITORIAL. Ce texte, annoncé en janvier par le premier ministre pour calmer la colère des agriculteurs, renonce à prendre en compte la défense de l’environnement. Il a aussi montré les divisions du bloc central sur la question des pesticides.














