Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Économie Économie Économie Tribune Nicolas Dufrêne Directeur de l’Institut Rousseau L’économiste Nicolas Dufrêne constate, dans une tribune au « Monde », que le coût pour l’Etat français du resserrement de la politique monétaire mené entre juillet 2022 et juin 2026 aura été de près de 90 milliards d’euros. Il plaide pour une démocratisation des choix de la BCE. Publié aujourd’hui à 09h26 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Comme à chaque échéance électorale, la question de la dette publique va à nouveau monopoliser le débat politique pour l’année à venir. Comme à chaque fois, il y a fort à parier qu’il passera à côté de l’essentiel. Et pour cause : la clé du problème de la dette se trouve dans la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), bien plus que dans la seule politique budgétaire et fiscale. Or, la politique monétaire a été érigée en tabou de notre vie démocratique, ce que presque aucun responsable politique n’ose affronter. Ceux qui s’y sont risqués, comme le premier ministre grec Alexis Tsipras, en 2015, ont fait marche arrière dès qu’ils se sont heurtés à l’intransigeance de la BCE. N’est-il pas absurde, pourtant, de débattre chaque année de coupes douloureuses sur l’écologie, l’emploi ou la recherche, qui ont un lourd impact, pour à peine quelques milliards d’euros d’économies, alors que les effets des décisions de politique monétaire sur nos finances publiques se chiffrent en dizaines de milliards, sans jamais faire l’objet du moindre débat démocratique ? Qu’on en juge. En juillet 2022, le taux d’intérêt moyen sur l’encours de la dette de l’Etat s’établissait à 1,25 %, et le taux directeur de la BCE était nul. Face au retour de l’inflation – dont les causes sont extérieures à une politique monétaire trop souple –, la BCE a engagé un resserrement d’une ampleur inédite, portant ses taux jusqu’à 4 % en 2023, avant de les ramener à 2 % en 2025, puis de les relever à nouveau à 2,25 %, le 11 juin. Le coût de ce resserrement, entre juillet 2022 et juin 2026, aura été de près de 90 milliards d’euros pour l’Etat français, soit sensiblement plus que les budgets cumulés de la défense et de l’enseignement supérieur. Sans cette remontée des taux, la charge annuelle de la dette de l’Etat serait restée proche de 43 milliards d’euros, alors qu’il est désormais prévu qu’elle atteigne 74 milliards en 2027. La seule « petite » hausse de 25 points de base décidée le 11 juin ajoutera un coût cumulé de près de 11 milliards sur la période 2026-2030. Ainsi, en quelques années, les décisions d’une institution non élue peuvent peser sur nos finances publiques pour plus de 100 milliards d’euros. Il vous reste 63.9% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« Après avoir encouragé un fort endettement public, la Banque centrale européenne étrangle aujourd’hui des finances publiques déjà dégradées »
TRIBUNE. L’économiste Nicolas Dufrêne constate, dans une tribune au « Monde », que le coût pour l’Etat français du resserrement de la politique monétaire mené entre juillet 2022 et juin 2026 aura été de près de 90 milliards d’euros. Il plaide pour une démocratisation des choix de la BCE.






