Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham, qui vient d’être officiellement nommé ce lundi après-midi par le roi Charles, présentera dans la semaine un « plan décennal » pour le pays. Non qu’il envisage de rester dix ans à la tête du Royaume-Uni, a-t-il assuré au Times il y a quelques jours, mais parce que l’ancien maire de Manchester n’envisage pas sortir le pays de l’ornière sans une stratégie « structurelle » à moyen terme. De nombreux défis l’attendent.Renouer avec la croissance. Certes, l’inflation post-Covid n’est plus à un niveau aussi écrasant mais après une progression de 1,4 % en 2025, la croissance britannique devrait ralentir « à 1 % en 2026 », selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Décrit comme pro business, le nouveau Premier ministre compte appliquer les recettes qui lui ont permis d’accompagner le renouveau du Grand Manchester, notamment au travers d’une décentralisation poussée.Pour réduire la dépendance britannique aux énergies importées, que la guerre au Moyen Orient a démontrée, Burnham pourrait, selon la presse d’outre-Manche, autoriser le développement de champs pétroliers et gaziers en mer du Nord. Sans confirmer, Lucy Powell, la numéro 2 du parti du Labour, a affirmé que le nouveau locataire du 10 Downing Street aurait une approche « plus pragmatique » que son prédécesseur Keir Starmer sur le sujet.Calmer la grogne sociale. Ces dernières années, avant le retour aux commandes des travaillistes, le royaume a connu de grandes mobilisations rappelant celles des années Thatcher, dans le secteur ferroviaire et pour la première fois, des infirmières du public. La colère est montée d’un cran lorsque les travaillistes, parti de gauche, ont voulu revoir le système des aides sociales, en supprimant l’allocation de chauffage hivernal aux retraités, durcissant les conditions d’accès aux prestations sociales pour les malades chroniques, et en retardant le versement de certaines allocations à un âge minimum de 22 ans. Finalement, Starmer a coupé la poire en deux et limité ces réformes aux nouveaux entrants dans le système de solidarité nationale.Réduire les inégalités de revenus. Au regard des grands indicateurs, l’économie britannique ne se porte pas si mal, malgré les effets délétères du Brexit – contre lequel Burnham avait fait campagne en 2016 – l’inflation a été jugulée et stagne autour de 3 %. Mais les inégalités se creusent, la pauvreté s’ancre dans le paysage britannique, alors que les dirigeants des plus grandes entreprises cotées en Bourse de Grande-Bretagne n’ont jamais été aussi bien. Une analyse du High Pay Centre, ce lundi, montre que les dirigeants des plus grands groupes gagnent 130 fois le salaire moyen d’un salarié à temps plein, touchant le salaire médian de 39 000 livres par an.Andy Burnham a déjà déclaré qu’un débat public sur les salaires élevés et excessifs était nécessaire. Il a aussi promis de donner « un peu de répit » aux familles qui peinent face à l’augmentation du coût de la vie. En modifiant la répartition des taxes sur les énergies, il envisagerait de réduire la facture énergétique moyenne des ménages de 130 livres par an.Financer la défense. Comme tous les membres de l’OTAN, Londres s’est engagé à réaliser de grands investissements en matière de défense mais la réforme du budget de la Défense a été retardée à plusieurs reprises par ses prédécesseurs. Résultat : il manque 5 milliards de livres sterling pour boucler le plan, à 298 milliards, qui doit financer les projets prévus pour les quatre prochaines années.Renouer avec l’Amérique de Trump. Après une brève lune de miel entre Downing Street et la Maison Blanche de Donald Trump, le président américain s’est montré très critique envers Keir Starmer, critiquant ses politiques énergétique, migratoire et de lutte contre la criminalité. Trump a voulu instrumentaliser des sujets internes à la Grande-Bretagne pour fragiliser le chef du gouvernement britannique, dont il ne supportait pas l’autonome. Il lui a tenu rancune de ne pas avoir soutenu l’opération israélo-américaine contre l’Iran. « Il n’a pas été coopératif… » alors qu’ « il aurait dû », il a trop tardé, au goût de Donald Trump, à autoriser l’aviation américaine à utiliser la base britannique de Diego Garcia, dans l’océan Indien, parce qu’« il s’inquiétait de la légalité », avait reproché en mars dernier le président américain dans une interview au tabloïd britannique The Sun. « Il n’a pas été bien avec nous sur l’Otan », jugeait aussi le républicain, goûtant peu les initiatives de Keir Starmer avec Emmanuel Macron pour renforcer le soutien international à l’Ukraine, ou soutenir la souveraineté danoise sur le Groenland. Problème : Andy Burnham n’a aucune expérience dans le domaine des affaires étrangères, il faudra qu’il choisisse un ministre diplomate et résilient. « Notre relation avec les États-Unis restera essentielle, car ils sont notre allié le plus important en matière de défense et de sécurité », a assuré Andy Burnham dans une tribune publiée dans The Times le 8 juillet.Enrayer la montée du nationalisme. Ces deux dernières années, l’Angleterre a été marquée par des manifestations d’ampleur, à l’appel de l’extrême droite, qui ont démontré les fractures de la société britannique atour des questions d’identité et d’immigration. L’été dernier, des manifestants se regroupaient devant des hôtels que l’État réquisitionne pour loger des demandeurs d’asile, et clamaient des slogans violents tels que « Arrêtez l’invasion », « protégez nos enfants », « renvoyez-les ». Les actes anti-migrants se sont multipliés. De façon surprenante, les membres féminines des « Pink Ladies » ont pris la tête des cortèges, mettant en avant la défense des femmes et des enfants face aux violences sexuelles. Le mouvement a contaminé le Pays de Galles et l’Écosse, et malgré la promesse de Starmer de fermer les hôtels en question avant la fin de sa mandature, et une réduction massive de l’accueil, le parti anti-immigration Reform UK est en tête des sondages pour les prochaines élections législatives prévues en 2029.