Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Livres Livres Livres Récits francophones Récits francophones Récits francophones L’auteur de « L’Esprit de l’ivresse », sur les émeutes de 2005, ou de « Provinces de la nuit », sur les attentats de 2015, passe, non sans scrupule, à un registre plus intime. Article réservé aux abonnés « Les Précurseurs. Une évocation », de Loïc Merle, Actes Sud, 180 p., 19 €, numérique 14 €. On ne détesterait pas que tous les textes dans lesquels des écrivains se penchent sur les destins de leurs parents ou aïeux de toutes sortes s’avancent bardés d’autant de scrupules et de questionnements sur leur légitimité que Les Précurseurs, de Loïc Merle. Sa grand-mère paternelle, morte il y a une quinzaine d’années, était la « personne préférée » de l’auteur, toujours épaté par la puissance du lien entre lui, « rejeton choyé de la petite bourgeoisie, indécis et velléitaire », et elle, « paysanne sortie de nulle part, sans autre ambition que de s’accommoder du jour le jour, à l’endroit où elle était née » – c’est-à-dire dans le nord de la Lozère, en 1931. Au nombre des raisons de ne pas écrire sur Augusta, il compte « la petitesse et la vulgarité de la chronique familiale ». Ainsi que « la crainte de devenir le mémorialiste de [sa] famille, avec laquelle, au contraire, à plusieurs reprises, [il a] tenté de rompre complètement ». Ou encore cette question qui le frappe, à l’âge de 48 ans : « Est-ce ainsi quand on commence à vieillir et qu’on se lasse de courir comme un chien de ferme après les grands sujets, l’actualité qui vrombit et passe ? » – Loïc Merle a composé des romans à partir des émeutes de 2005 (L’Esprit de l’ivresse, Actes Sud, 2013) ou des attentats de 2015 (Provinces de la nuit, Actes Sud, 2023). Mais l’obstacle le plus constant à son élan est le regard qu’aurait posé sa grand-mère, peu versée dans la littérature, sur le « seul fait d’écrire » : « C’est-à-dire de passer la plupart de mes heures penché sur son souvenir, tentative et posture qu’elle aurait jugées également grotesques. » Eût-elle entendu parler du projet de son petit-fils, qui publie là son cinquième livre, qu’elle lui aurait intimé, « probablement fâchée » : « Surtout, ne va pas m’enfermer entre les pages d’un bouquin. » Un livre constamment en mouvement Il vous reste 45.22% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.