« Polaroids du frère », de Grégoire Delacourt, éd. Albin Michel, 176 p., 17,90 €, numérique 13 €.

Vous souvenez-vous des Léotard ? A la fin du XXe siècle, François (1942-2023) empilait les responsabilités, maire, député, ministre de la défense, toujours propre sur lui et un peu tête à claques, avant d’être condamné pour abus de biens sociaux. Son aîné, Philippe (1940-2001), la trogne cabossée, traînait son mal-être dans les studios de cinéma, s’assumait « ministre de la défonce » et raflait l’amour du public. Comment deux frères si proches en âge pouvaient-ils vivre à de tels antipodes ?

Trente ans plus tard, la même interrogation traverse Polaroids du frère, de Grégoire Delacourt, très poignant portrait-kaléïdoscope d’une famille ravagée – la sienne. Chez les Delacourt, Grégoire a plutôt endossé le costume chic de l’homme à qui tout réussit. Une belle femme, deux filles, une grosse voiture. Directeur de création dans de grandes agences de publicité pendant plus de dix ans, il crée sa propre maison après un licenciement minute, puis devient écrivain à succès. A 50 ans passés, son deuxième roman, La Liste de mes envies (JC Lattès, 2012), un conte de fées moderne sur une mercière d’Arras qui gagne au Loto, s’écoule à plus d’un million d’exemplaires. Dans la foulée, il s’installe aux Etats-Unis.