« Les Parrhésiens », de Philippe Bordas, Gallimard, 464 p., 25 €, numérique 18 €.

A en croire l’image qu’il donne de lui-même dans Les Parrhésiens, Philippe Bordas est un sportif sec, et même un fort maigre cycliste, qui ressemble un peu à un tableau : « J’étais aussi efflanqué que le peintre Bonnard sur l’autoportrait au fusain où il fait le boxeur, risible et chétif devant sa glace. » Le contraste est alors frappant avec sa prose, généreusement bodybuildée, qui prend pour modèles des maîtres en verbe du passé : les vifs aïeuls Villon et Rabelais, l’inévitable et toujours fringant Céline ou le baroquissime Carlo Emilio Gadda, auquel Bordas a consacré tantôt un fort essai, Le Célibataire absolu (Gallimard, 2022).

C’est mettre la barre assez haut, dira-t-on, en restant dans un registre sportif un peu facile, que d’ambitionner de la sorte une manière de performance formelle, à rebours des lignes claires et autres écritures blanches que semble honnir notre romancier, contempteur résolu des écritures contemporaines. La langue des Parrhésiens, vocable emprunté à Rabelais, a donc du muscle, et elle le montre : il faut accepter son goût du morceau de bravoure pour entrer dans le livre, qui peut dès lors se révéler franchement formidable.