Quel chemin parcouru pour Cai Qi. À 70 ans, ce membre du Comité permanent du Bureau politique vient d’être nommé à la tête de l’École centrale du Parti communiste chinois, l’institution chargée de former les cadres dirigeants du régime. Le nom sent le manuel, la salle de cours et la cérémonie de remise de diplômes. Le poste, lui, est bien plus stratégique. Alors que Xi Jinping prépare un quatrième mandat et s'apprête à renouveler une large partie des dirigeants du Parti, Cai Qi se retrouve au cœur d’un enjeu décisif : identifier les responsables chargés d'appliquer la ligne du président chinois dans les prochaines années.La question intervient à un moment particulier. Xi Jinping se dirige vers un quatrième mandat, qui prolongerait son pouvoir au moins jusqu’au début des années 2030. Mais il devra aussi renouveler une partie importante de la haute hiérarchie du Parti. Selon les règles d’âge traditionnellement appliquées, plus des deux tiers des quelque 200 membres du Comité central pourraient quitter leurs fonctions lors du prochain congrès. Il faudra donc choisir de nouveaux responsables, les tester, les faire monter, éviter les mauvais profils et surveiller les ambitions. C’est ici qu’entre Cai Qi dans l'équation. L’homme n’est pas un nouveau venu dans l’entourage de Xi Jinping. Né en 1955 dans le Fujian, il rejoint le Parti communiste en 1975, étudie l’économie politique, puis gravit les échelons dans l’administration locale. Dans les années 1990 et 2000, il travaille dans le Fujian puis dans le Zhejiang, deux provinces où Xi Jinping construit alors une partie de sa carrière. Cette proximité ancienne compte. Dans le système chinois, la confiance ne se proclame pas seulement dans les discours officiels. Elle se vérifie dans les parcours, les promotions, et les années passées au même endroit que le bon chef, au bon moment. Une image de responsable moderneD’après un portrait du personnage fait par le New York Times, Cai Qi ne ressemble pourtant pas encore au gardien sévère de l’orthodoxie politique. Dans les provinces côtières, il cultive l'image d'un responsable moderne, ouvert, suffisamment accessible pour répondre aux administrés sur Weibo. En 2012, lors d’un voyage à Taïwan, il publie même un carnet de route où il se dit impressionné par l’efficacité des supérettes ouvertes 24 heures sur 24. La même période lui vaut cette phrase : "La transparence est une bonne chose". Depuis, son compte Weibo a disparu et sa carrière a pris une tout autre direction. Son arrivée à Pékin marque le tournant. En 2014, Cai Qi participe à la mise en place de la Commission centrale de sécurité nationale, créée sous Xi Jinping pour renforcer le contrôle du Parti sur les risques intérieurs et extérieurs. Trois ans plus tard, il devient maire puis secrétaire du Parti à Pékin, un poste hautement sensible, puisqu’il s’agit de gérer la capitale, son image et son ordre public. En 2017, il lance une campagne d’expulsion de travailleurs migrants, officiellement justifiée par des raisons de sécurité des logements. L’opération provoque de fortes critiques, notamment après la diffusion d’un discours interne dans lequel il appelle les cadres à agir sans hésitation. Plus qu’un homme de confiance, il est aussi un homme d’exécution. Sa promotion en 2022 confirme cette place. Cai Qi entre alors au Comité permanent du Bureau politique, l’instance suprême du Parti communiste chinois, devient chef du Secrétariat du Parti et prend également la direction du Bureau général du Parti. Cette fonction, peu connue du grand public, fait pourtant de lui le véritable chef de cabinet de Xi Jinping. Il supervise notamment les dossiers, les réunions, les déplacements, la sécurité et l'organisation quotidienne des plus hauts dirigeants. Dans un régime aussi centralisé, contrôler l'accès au chef de l'État revient souvent à détenir une influence considérable.Le pouvoir par les dossiersSa nomination à l’École centrale du Parti lui confère désormais une responsabilité supplémentaire : former les futurs cadres, mais aussi contribuer à identifier ceux qui pourront accéder aux plus hautes fonctions. L'institution n’est pas une simple école d’administration ; elle sert à fabriquer de la conformité politique autant que de la compétence bureaucratique. Au même moment, Cai Qi supervise une campagne destinée à renforcer la discipline et la loyauté des responsables autour de la pensée de Xi Jinping. L’enjeu est d’autant plus important que Xi Jinping n’a pas désigné de successeur et que le prochain congrès devrait entraîner un vaste renouvellement des cadres. Trop peu de promotions, et le système vieillit ; trop d’ouvertures, et le pouvoir prend le risque de voir émerger des profils moins prévisibles. Les récentes purges dans l’Armée populaire de libération ont aussi rappelé que la sélection ne portera pas seulement sur la compétence, mais sur la fiabilité politique. Cai Qi présente donc un avantage rare : il connaît Xi depuis plusieurs décennies, maîtrise les rouages du Parti et, à 70 ans, ne ressemble pas à un héritier naturel. Cai Qi ne prépare donc pas vraiment l’après-Xi ; il prépare la prochaine étape du système Xi.