Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Canicules et vagues de chaleur Canicules et vagues de chaleur Canicules et vagues de chaleur Tribune Emma Becker écrivaine Mère de deux jeunes enfants, l’écrivaine Emma Becker raconte, dans une tribune au « Monde », l’atmosphère d’un mois de juin aux airs de mauvaise science-fiction. Publié aujourd’hui à 12h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés L’été en famille : mes livres, sur ce point, sont un précis d’indignité maternelle. J’y ai amplement documenté l’angoisse qui monte au fur et à mesure que les grandes vacances se rapprochent, le compte en banque saigné pour offrir à l’ingratitude proverbiale des enfants une toile de fond dépaysante, les journées torrides à la plage qui sont comme de traverser le colon du Malin avec le cabas bourré ras la gueule et les lardons qui s’arrêtent toutes les deux minutes parce qu’ils ont du sable dans les sandales, je n’ai fait aucun mystère du marathon qu’est devenu l’été pour moi – mais après les quinze jours que nous venons toutes et tous de vivre, je me rends bien compte de la chance que j’avais, alors. Que nous avions tous : cette perspective d’un été comme n’importe quel autre été, les petits qui soûlent parce que c’est leur métier : parce qu’ils sont vivants. Personne n’avait peur pour ses enfants. On les envoyait le soir au lit en se disant qu’on allait enfin pouvoir boire un verre, respirer, en remettre un autre en route, soyons fous ! L’assurance quasi parfaite d’être peinards jusqu’à minuit, avec peut-être un interlude cauchemar ou pipi – mais c’était tout. Personne ne s’imaginait passer la nuit entre la baignoire remplie d’eau froide et le seuil de la chambre où les petits, dans un mauvais sommeil qui ressemble à une fièvre, ruent et geignent, luisants de sueur ; et rien d’autre à faire que les regarder, leur envoyer un coup de brumisateur qui les fait grogner un peu, qui les soulagera trente secondes, rapprocher encore le ventilateur à fond, en sachant que ça ne sera pas assez, mais que c’est peut-être déjà trop, un coup à choper une conjonctivite, on les prendrait bien dans notre chambre mais la chaleur y est encore pire, on ouvrirait bien les fenêtres pour remuer un peu cet air pesant comme de la poix, mais alors c’est le vacarme des bagnoles qui les réveillerait. Personne ne s’imaginait un jour rester assis à regarder les enfants qui dorment, pas par romantisme mais parce qu’il semble impossible de dormir, avec cette inquiétude atroce du coup de chaud de trop qui se transforme en malaise ; et quelles options, alors, sinon les urgences pas climatisées, saturées, où on en est à scotcher des couvertures de survie à l’extérieur des fenêtres ? Mieux vaut ne pas y penser, ça ajoute 10 degrés de mieux. La simple idée des jeunes accouchées et de leurs nouveau-nés qui cuisent dans des chambres à 36 °C suffit à nous faire ouvrir le frigo quelques minutes juste pour ne pas s’évanouir. Après quoi, nus, laids et boiteux comme des zombies, on va s’en fumer une dernière à la fenêtre, saluant de la main les voisins tout aussi nus et laids et frappés d’insomnie, et c’est à vrai dire la seule chose qui donne encore envie de sourire, le caleçon défait du type au troisième, ça donnerait même envie de rire, si le rire n’était pas devenu un effort physique. Il vous reste 52.56% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Emma Becker, écrivaine : « Après les quinze jours de canicule, je me rends bien compte de la chance que nous avions, quand personne n’avait peur pour ses enfants »
TRIBUNE. Mère de deux jeunes enfants, l’écrivaine Emma Becker raconte, dans une tribune au « Monde », l’atmosphère d’un mois de juin aux airs de mauvaise science-fiction.










