Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Canicules et vagues de chaleur Canicules et vagues de chaleur Canicules et vagues de chaleur Tribune Jeanne Etelain Philosophe Patrice Maniglier Philosophe Dans une tribune au « Monde », les philosophes Jeanne Etelain et Patrice Maniglier réfléchissent à la nature même de la chaleur qui frappe l’Hexagone, à la frontière du naturel et de l’artificiel, signe, selon eux, d’un « véritable changement de monde ». Publié aujourd’hui à 19h00 Temps de Lecture 4 min. Article réservé aux abonnés Un des aspects les plus curieux de la canicule actuelle est qu’elle n’est pas perçue comme une calamité naturelle. Il semble clair qu’il s’agit non pas d’un aléa du monde, mais de la conséquence prévisible d’actions humaines évitables. En répétant que « tous les records sont battus », on suggère qu’il s’agit d’un nouvel ordinaire en même temps qu’une étape dans un avenir programmé – et d’autres records. Le plus frappant est que presque tout le monde en convient. Quelques irréductibles sceptiques ont certes tenté de décorréler l’événement du changement climatique, mais ils semblent avoir renoncé. La droite et l’extrême droite elles-mêmes ne contestent plus ce lien. Elles se contentent d’exiger qu’on se concentre désormais sur l’« adaptation », accusant les courants écologiques et la « gauche » de l’avoir retardée. Non sans indécence : comme si ceux qui niaient les faits nous avaient préparés à nous y adapter. Mais le point frappant n’est ni la mauvaise foi ni l’inconsistance intellectuelle de ces discours ; c’est qu’en parlant d’adaptation, ces forces politiques entérinent la réalité du changement climatique et son lien avec ce genre d’événements météorologiques. Pourtant, si on prend au sérieux ces discours, c’est toute l’expérience sensible de la chaleur qui a changé. Cet air brûlant dans les rues le jour, cette chaleur stagnante dans nos intérieurs la nuit, cet intraitable soleil qui, tel un œil crevé, bombarde nos sols d’un jet continu de feu, tout cela est donc chose humaine ? D’une nature semblable à celle des murs que nous construisons, aux voitures que nous faisons circuler, aux frigidaires où nous rangeons nos aliments ? L’air climatisé à l’intérieur et l’air brûlant à l’extérieur seraient tous deux des artefacts humains, produit direct et voulu pour le premier, collatéral et involontaire pour le second – mais conséquences humaines dans les deux cas. Il vous reste 71.03% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Canicule : « Cette chaleur est une coagulation indémêlable d’humain et de non humain »
TRIBUNE. Dans une tribune au « Monde », les philosophes Jeanne Etelain et Patrice Maniglier réfléchissent à la nature même de la chaleur qui frappe l’Hexagone, à la frontière du naturel et de l’artificiel, signe, selon eux, d’un « véritable changement de monde ».







