Il faut admettre que le timing de cette adaptation, le énième film québécois populaire à connaître une seconde vie au théâtre, paraît curieux. Alors que les États-Unis font moins rêver, que certains snowbirds se détournent de la Floride — où réside vous-savez-qui —, porter sur scène le film de 1993 semble arriver trop tard. Les fantasmes ensoleillés des Québécois n’auraient-ils pas changé d’horizon ? Et seules quelques allusions à l’actualité émaillent une histoire restée ancrée dans les années 1990.On pourrait toutefois dire que La Florida, présentée au théâtre du Vieux-Terrebonne, est elle-même le récit d’un désenchantement face au rêve américain : celui de Léo, qui fuit l’hiver pour acheter un motel à Hollywood Beach. Même s’il parvient à retaper cet édifice déglingué grâce au cheap labor qu’est sa famille, des locaux se dressent sur sa route. Et son couple avec sa Ginette, transformée en bonne à tout faire qui s’épuise (ce qu’illustre bien une scène), est menacé.

À l’époque, le film avait probablement séduit par le rêve d’une famille de classe populaire — les Lespérance ! — et la peinture colorée de ce milieu particulier qu’est le Petit Québec floridien. Trois décennies plus tard, l’intérêt de cette comédie paraît mitigé. Sa théâtralisation par ses scénaristes originaux, Suzette Couture et Pierre Sarrazin, semble amener une caricature accrue sans pour autant faire le plein de rires. Plusieurs comédiens y composent ainsi une foule de personnages secondaires parodiques.Davantage comprimé que dans le film, le récit fait qu’on s’attache moins au couple central. Et la réconciliation finale des membres de la smala Lespérance, qui s’étaient perdus, paraît plutôt précipitée.