« Es-tu fou ? » C’est la réponse qu’a offerte Louis Morissette à son complice des vingt dernières années, le scénariste Jean-François Léger, lorsqu’il lui a proposé l’idée derrière le scénario du film François.e.C’est que, on le constate assez rapidement, le projet avait de quoi attirer les foudres de la droite, de la gauche, du milieu et des indécis, et comprenait une belle sélection d’écueils de la taille d’un trou noir.François (Louis Morissette), un scénariste, blanc, la cinquantaine, rongé par l’amertume, attribue sa carrière déclinante aux quotas qu’imposent les diffuseurs afin de refléter la diversité de la société québécoise. Désabusé et en colère, il coche par cynisme la case « transgenre » dans le document de demande de financement de sa nouvelle série, espérant augmenter ses chances d’être retenu.Quand son escroquerie fonctionne, et que son projet est accepté, François se retrouve malgré lui à devoir incarner Françoise, et à prétendre qu’il est désormais une autrice en transition. Le prix à payer sera toutefois beaucoup plus grand qu’escompté…
« Avec Jean-François, on savait qu’on ne pouvait ni lui ni moi aller au bout de l’écriture de ce projet sans l’apport d’une personne trans, explique l’acteur, également producteur du film. J’ai pensé à l’écrivaine trans Gabrielle Boulianne-Tremblay (La fille d’elle-même [Marchand de feuilles, 2021], La fille de la foudre [2025]). On a travaillé, on a discuté, et on s’est dit : ça se peut. »La romancière a d’abord hésité à se lancer dans l’aventure. « Louis Morissette étant une figure médiatique très connue, j’avais des petites réserves. Nos narratifs ont tellement été utilisés contre nous, sans nous, dans l’histoire du cinéma et de la télé. Mais je voulais laisser une chance aux coureurs et ne pas prêter de mauvaises intentions à qui que ce soit. Lorsqu’on s’est rencontré, j’ai compris que Louis voulait agir en tant qu’allié des communautés trans et queer et contribuer à ce qu’on éteigne un peu le feu de la haine. »Trouver le parfait dosageLe projet a exigé un travail de moine. La sensibilité et l’expérience de Gabrielle Boulianne-Tremblay sont palpables, notamment dans les récits de microagressions vécues quotidiennement par les personnes trans et dans la présentation nuancée de différentes réalités trans. Le scénario ne sombre pas pour autant dans le didactisme, et fait la part belle à l’autodérision.










