Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Antisémitisme Antisémitisme Antisémitisme Tribune Joëlle Alazard Professeure d’histoire Guillaume Calafat Historien Anne Simonin Historienne Le refus de l’historien Patrick Boucheron de faire parler le médiéviste pour arbitrer un débat contemporain sur l’antisionisme, lors d’une matinale sur France Culture, traduit une nécessaire résistance aux instrumentalisations mémorielles, analysent trois historiens dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 10h25, modifié à 11h21 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Depuis plusieurs jours, une phrase de Patrick Boucheron prononcée dans « Les Matins » de France Culture, le 23 juin, est abondamment commentée : « On vous laisse parler tout seul. » Après une série d’articles hostiles et une campagne haineuse comme les réseaux sociaux savent les orchestrer, une tribune publiée dans Marianne le 29 juin y voit le symptôme « vénéneux » d’un refus de l’historien de nommer l’antisémitisme contemporain, en particulier celui qui s’exprimerait dans certains secteurs de la gauche radicale. Cette lecture repose à nos yeux sur un double contresens, isolant une phrase de son contexte et lui faisant dire ce qu’elle ne dit pas. L’entretien de France Culture était consacré à la panthéonisation de Marc Bloch (1886-1944), qui avait lieu ce jour-là. Pendant plus d’une demi-heure, Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, et Alya Aglan, professeure à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, répondent aux questions portant sur l’œuvre de l’historien du Moyen Age, sa conception du métier, son engagement dans la Résistance et le sens de son entrée au Panthéon. Puis l’animateur déplace la discussion vers une autre question : l’antisionisme contemporain comme couverture de l’antisémitisme et les controverses qui traversent aujourd’hui l’université. Patrick Boucheron refuse alors, non de parler de l’antisémitisme, mais de faire parler Marc Bloch pour arbitrer un débat contemporain sur l’antisionisme. Solliciter son œuvre pour trancher les controverses actuelles serait, répond-il, une « faute historique ». Alya Aglan intervient à son tour : « Ne recommençons pas l’assignation. » Elle rappelle que Marc Bloch fut désigné comme juif par les lois antisémites de Vichy, c’est-à-dire par une violence d’Etat politique et juridique, historiquement située. Le producteur et animateur de l’émission, Guillaume Erner, revient pourtant à plusieurs reprises, et longuement, sur la même question. C’est seulement alors que Patrick Boucheron répond : « On vous laisse parler tout seul », avant d’ajouter : « Aujourd’hui, on est dans un autre sujet. » Il vous reste 60.02% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Marc Bloch au Panthéon : « L’historien n’est ni journaliste ni commentateur politique »
TRIBUNE. Le refus de l’historien Patrick Boucheron de faire parler le médiéviste pour arbitrer un débat contemporain sur l’antisionisme, lors d’une matinale sur France Culture, traduit une nécessaire résistance aux instrumentalisations mémorielles, analysent trois historiens dans une tribune au « Monde ».







