Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Industrie Industrie Industrie Tribune Bernard Streit Ancien PDG de Delfingen Alors que le président Emmanuel Macron veut bâtir des « cathédrales industrielles », Bernard Streit, ancien chef d’entreprise dans le Doubs, rappelle, dans une tribune au « Monde », qu’il convient de ne pas négliger les villages et le maillage local. Publié le 02 juillet 2026 à 16h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés J’ai dirigé Delfingen pendant plus de quarante ans. D’un atelier fondé par mon père dans un village de 400 habitants [Anteuil], nous avons fait un leader mondial de la protection de câblages, présent dans 21 pays, sans jamais quitter ce bourg du Doubs. C’est ce que l’industrie peut produire quand elle est enracinée dans un territoire. En 2019, j’ai quitté la direction du groupe pour fonder bénévolement l’association Action Philippe Streit, du nom de mon frère handicapé qui, peu avant sa mort, m’avait demandé de faire quelque chose pour les gens comme lui. Nous poursuivons deux missions : dynamiser ce territoire rural et aider des personnes en situation de handicap à se reconstruire par le travail. En six ans, dans ce même village du Doubs, nous avons créé 120 emplois, avec un objectif de 230 à l’horizon 2028. Ces deux trajectoires m’ont convaincu d’une chose que nos politiques économiques n’ont pas encore intégrée : créer 200 emplois dans un bassin fragilisé ne produit pas la même chose que dans un territoire déjà dynamique. Quand une usine ferme dans un bassin industriel, ce n’est pas seulement un emploi qui disparaît, c’est un commerce qui perd des clients, un médecin qui hésite à s’installer, une école qui ferme une classe, une famille qui envisage de partir. La désindustrialisation n’est pas seulement une question économique, c’est aussi une question de confiance collective. Un territoire ne meurt jamais d’un seul coup. Il s’effrite emploi après emploi, jusqu’au point où ses habitants ont le sentiment de ne plus compter. L’inverse est aussi vrai : là où l’emploi revient, les services suivent et la confiance renaît. Un euro investi dans un territoire saturé d’opportunités ne produit pas les mêmes effets qu’un euro investi dans un territoire dévitalisé. C’est précisément ce que nos outils d’évaluation ne savent pas mesurer, et ce que notre politique industrielle n’a pas encore appris à prioriser. Le président de la République [Emmanuel Macron] a annoncé, en avril, 150 grands projets stratégiques, ses « cathédrales industrielles » : plus de 70 milliards d’euros d’investissements, publics et privés, pour environ 32 000 emplois. Je ne conteste pas l’utilité de ces projets. Une nation industrielle a besoin de filières stratégiques et d’investissements de long terme. Cependant, ces annonces posent une question que personne ne formule vraiment : que produisent ces emplois pour les territoires qui les accueillent ? Il vous reste 55.82% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« La désindustrialisation n’est pas seulement une question économique, c’est aussi une question de confiance collective »
TRIBUNE. Alors que le président Emmanuel Macron veut bâtir des « cathédrales industrielles », Bernard Streit, ancien chef d’entreprise dans le Doubs, rappelle, dans une tribune au « Monde », qu’il convient de ne pas négliger les villages et le maillage local.







