Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Industrie Industrie Industrie Chronique Béatrice Madeline Journaliste au service Economie Le bon bilan de la France en matière de baisse des émissions de gaz à effet de serre repose en partie sur une illusion comptable : la désindustrialisation l’oblige à importer massivement des biens fortement carbonés, comme le constate une note de Rexecode, que présente Béatrice Madeline dans sa chronique. Publié aujourd’hui à 07h18 Temps de Lecture 2 min. Article réservé aux abonnés La France est-elle un bon élève de la décarbonation ? En apparence, la réponse est oui. En cette saison de canicules, les efforts réalisés par les pays développés pour réduire leur empreinte carbone sont plus que jamais scrutés et analysés par les experts, climatologues et économistes. L’Hexagone ne se tire pas si mal de ce jeu-là : les émissions de gaz à effet de serre ont reculé d’un tiers depuis 1990, du fait d’une production d’électricité décarbonée à plus de 95 % grâce au nucléaire et au renouvelable, selon de bilan 2025 de RTE. L’« intensité carbone » du produit intérieur brut français, autrement dit le rapport entre les émissions de gaz à effet de serre et la production totale du pays, est le 11e plus bas du monde. Mais, comme le nuage de Tchernobyl, ces chiffres s’arrêtent aux frontières : ils ne prennent en compte que les émissions situées sur le territoire hexagonal. En réalité, si l’on considère le poids en carbone des produits importés, « le bon bilan climatique français est en partie une illusion comptable », explique Matteo Michel, économiste énergie-climat auprès du cabinet Rexecode, qui a publié une étude sur le sujet le 2 juillet. Les émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication de ces produits importés pèsent lourd : la moitié de l’empreinte totale française. En 2024, l’empreinte carbone française a atteint 563 millions de tonnes équivalent carbone (MtCO2e) : les émissions territoriales n’étaient que de 404 MtCO2e, tandis que les émissions importées se chiffraient à 284 MtCO2e et les émissions exportées (qu’il faut retrancher) à 125 MtCO2e. « Acheter une voiture chinoise, c’est importer les émissions de l’aciérie indienne qui produit son acier, du verre vietnamien pour le pare-brise, et de celles de l’ensemble de leurs filières amont », résument Matteo Michel et Raphaël Trotignon, coauteurs de l’étude. Dépendance préjudiciable Ainsi, la désindustrialisation ne s’est pas contentée de vider nos territoires de leurs usines et ateliers, de supprimer environ 1 million d’emplois et de créer une dépendance préjudiciable de la France envers des acteurs mondialisés : en contraignant les entreprises à recourir à des fournisseurs étrangers, faute de trouver des alternatives nationales, en poussant les consommateurs à acheter des biens fabriqués à l’autre bout du monde, elle sape en partie les efforts de décarbonation. Elle complique l’atteinte de la neutralité carbone en 2050, objectif-clé de la troisième stratégie nationale bas carbone, publiée en décembre 2025. Il vous reste 38.82% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
« La désindustrialisation met à mal une partie des efforts de décarbonation de la France »
CHRONIQUE. Le bon bilan de la France en matière de baisse des émissions de gaz à effet de serre repose en partie sur une illusion comptable : la désindustrialisation l’oblige à importer massivement des biens fortement carbonés, comme le constate une note de Rexecode, que présente Béatrice Madeline dans sa chronique.







