Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Violences sexuelles Violences sexuelles Violences sexuelles Pour la philosophe, ces pratiques renvoient à la conception immémoriale des femmes comme corps « à disposition », qui est au fondement de nos sociétés patriarcales. Article réservé aux abonnés Un an après la remise du rapport au gouvernement sur la soumission chimique, et alors que le nombre d’agressions facilitées par l’usage de substances affiche une inquiétante tendance à la hausse, la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, autrice d’Un corps à soi (Seuil, 2021) et directrice de l’ouvrage collectif Théories féministes (Seuil, 2025), s’interroge, dans un entretien au « Monde », sur la lecture féministe qu’il convient de faire de ce type de violence sexuelle. Quel sens politique accorder à la sexualisation d’un corps inanimé ? Ce qui se joue dans la soumission chimique, ce n’est pas l’érotisation du sommeil, c’est la recherche de la disponibilité totale du corps féminin. Comme l’ont montré les théoriciennes féministes des années 1970, Susan Brownmiller [1935-2025] aux Etats-Unis ou Colette Guillaumin [1934-2017] en France, le viol ne relève pas de la sexualité mais de la domination, il ne s’agit pas d’un acte motivé par le désir sexuel, c’est un acte de pouvoir. Cette appropriation contrainte, qui est d’ordre politique, renvoie à la conception immémoriale des femmes qui est au fondement de nos sociétés patriarcales : définies à travers le prisme de leurs fonctions maternelle et sexuelle. Les femmes sont considérées d’abord et avant tout comme des corps « à disposition », dont les hommes sont propriétaires. Les filles apprennent à devenir ces corps-objets disponibles dès la puberté et intériorisent la certitude d’être vulnérables, appropriables, toujours susceptibles d’être violentées. Cette condition leur sera rappelée tout au long de l’existence. Car le viol s’inscrit dans un continuum de violences sexistes et sexuelles qui, de la blague salace à l’agression sexuelle, entretient un climat de peur et enracine chez les femmes l’idée de leur propre impuissance, voire de leur culpabilité. C’est ce que produit la « culture du viol », par ces représentations qui déplacent l’attention sur celles qui subissent les violences plutôt que sur ceux qui les perpétuent. Il vous reste 61.46% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.