23 juin 2026Aujourd'hui à 20:51Manque de moyens, discours politique ambigu, coordination lacunaire: la Belgique n'est pas à la hauteur du défi de l'adaptation au réchauffement climatique. Pas un poil d'ombre, une étendue de dalles brûlantes, une chaleur abrutissante: bienvenue sur le rond-point Schuman, épicentre du pouvoir européen. Après des années d’atermoiements; après une lettre du gouvernement bruxellois demandant à Ursula von der Leyen une aide financière; après les excuses du Premier ministre Bart De Wever pour la dite lettre... Même là, même au cœur du pouvoir européen, pas la plus modeste ombrelle pour abriter le passant – la "canopée" imaginée à l’origine a été abandonnée. À l'heure où la Belgique redécouvre qu'elle n'est pas assez préparée pour faire face aux effets du réchauffement climatique, c’est tout un symbole: faute de moyens, l’adaptation piétine.Il y a bien sûr des contre-exemples – la plupart des grandes villes vous montreront les mesures d’adaptation aux effets du réchauffement climatique qu’elles ont prises ces dernières années. Mais force est de constater qu’on n’est pas à l’échelle. Le problème n'est pas tant que nous ne soyons pas "prêts": le chantier est considérable et se construit sur des décennies. Le problème, c'est que nous peinons à prendre collectivement la mesure de la tâche, à organiser et coordonner le chantier, et à y consacrer les moyens nécessaires. Car oui, s'adapter – investir dans la robustesse de notre société – nécessite de mobiliser des moyens, donc de faire des choix fiscaux et budgétaires difficiles. Une première condition pour y parvenir est que nos dirigeants adoptent un discours vérité – et cessent enfin d'instrumentaliser ou d'invisibiliser le sujet pour plaire à leur électorat, à l'image du ministre de la Défense, Théo Francken ("Profitez du beau temps").Une autre condition est d'établir une vision collective, à l'instar de la France, qui a décidé de se mettre en ordre de marche pour affronter un réchauffement de +4°C. Encore faut-il, a minima, être capables de se coordonner – au sein du système institutionnel belge, c'est une gageure, surtout quand la bonne volonté fait défaut. Et a fortiori quand le rabot budgétaire s'en mêle, comme lorsqu'on supprime le financement des coordinateurs climat, qui veillent aux politiques d'adaptation en première ligne, au niveau communal.De la réaction à l'ambitionFace à la crise soudaine, réunir en urgence le Centre de crise national, émettre des recommandations, est certes nécessaire. Le stress thermique est un risque prioritaire pour la santé des plus vulnérables. Mais le réchauffement met à l'épreuve toutes les fonctions vitales de notre société. Il met sous pression notre système de soins de santé – y compris de santé mentale. On voit ces jours-ci l'impact délétère sur l'enseignement, dans des écoles mal adaptées. On verra demain son effet sur les récoltes de nos agriculteurs; sur la volatilité des prix de notre alimentation; sur la dégradation des services que nous rendent les écosystèmes; sur la capacité de nos assureurs à continuer de jouer leur rôle et, plus largement, sur notre économie. Il sera essentiel, une fois le mercure redescendu, de faire remonter notre niveau d'ambition en termes d'adaptation.