Economie Politique économiqueL'édito de la semaine. Notre pays est incapable de s’auto-administrer la cure indispensable pour enrayer l’hémorragie des dépenses publiques. Comme la Grèce il y a vingt ans...Publié le 23/06/2026 à 11:30A 96 ans, Jean-Pierre Fourcade fait partie de l'histoire de France. Cet ancien ministre de l’Economie de Valéry Giscard d’Estaing fut, en 1974, le dernier responsable politique français à présenter – et exécuter – un budget à l’équilibre. Les 25 grands argentiers qui lui ont succédé n’y sont jamais parvenus. Et pourtant, le Premier ministre Sébastien Lecornu y croit. Non pas à revenir à un solde zéro – ne rêvons pas, surtout après le déficit abyssal de 5,1 % de l’an dernier – mais plutôt à remettre de l’ordre dans des comptes publics particulièrement malmenés ces dernières années.Il y a urgence : le budget de 2027 est déjà dans les cartons et, pour l’heure, le chef du gouvernement s’emploie à calmer les ardeurs de ses ministres dépensiers. Des demandes irréalistes, a-t-il cinglé, en évoquant les 30 milliards d’euros supplémentaires réclamés. Confronté à des nouvelles dépenses incompressibles (6 milliards de plus pour la programmation militaire, 8 pour la charge de la dette), l’hôte de Matignon veut réintroduire de la rationalité dans le budget.Peut-il y arriver, alors que les aléas géopolitiques se traduisent par une succession de douches écossaises sur la conjoncture et que les coûts d’emprunt s’envolent ? Sans compter l’irresponsabilité collective des députés. Le contexte, à quelques mois de la présidentielle, n’aide pas : la campagne va engendrer, hélas, un catalogue de promesses coûteuses : : il faudrait être masochiste pour réclamer aux Français du sang et des larmes. C’est ainsi qu’évolue notre pays. Incapable de s’auto-administrer la cure indispensable pour enrayer l’hémorragie des dépenses publiques. D’autres pays l’ont fait, à l’instar du Portugal ou de la Grèce. C’est donc possible. Idem en Allemagne, quand notre voisin a dû, il y a un quart de siècle, digérer le coût de la réunification : sous l’impulsion du chancelier Schroeder, les boulons budgétaires ont été resserrés. En France, jamais. Ou plutôt : jamais suffisamment. Certains songent à instaurer une année blanche, en écartant toute revalorisation des dépenses : efficace (7 milliards d’économies à la clé), ce remède fait l’unanimité contre lui. Côté réformes structurelles, il est urgent de maîtriser l’explosion de nos dépenses de santé (déficit supérieur à 20 milliards en 2026), en limitant les remboursements et en contrôlant les arrêts maladies. Des options préconisées par l’exécutif. Mais une épée de Damoclès pèse sur le gouvernement : trop de sérieux budgétaire menace de tuer dans l’œuf la prochaine loi des finances. Or sans budget voté, a déjà prévenu Sébastien Lecornu, le déficit risque de s’envoler entre 6 et 7 % du PIB. En Grèce, il y a vingt ans, le trou des finances publiques atteignait 5,95 % du PIB, un niveau proche de celui de la France aujourd’hui. Devenu incontrôlable, le déficit grec dépassait trois ans plus tard les 15 %, précipitant le pays dans une méga crise financière. Avis aux Français…