Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Football Football Football Tribune Philippe Marlière professeur de sciences politiques à University College London Fabrice Montebello professeur en histoire et esthétique du cinéma à l’université de Lorraine Les universitaires Philippe Marlière et Fabrice Montebello déplorent, dans une tribune au « Monde », que la critique du « sport business » ignore le rôle des spectateurs dans le fait que les stades sont devenus des lieux moins racistes et plus inclusifs. Publié aujourd’hui à 15h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Chaque Coupe du monde revigore la critique du football, qui fustige un « sport business » inféodé au profit économique et à l’exploitation humaine et environnementale. Ces critiques déplorent l’instrumentalisation du sport par des dictateurs : les tournois organisés en Russie (2018), au Qatar (2022) et aujourd’hui aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, ont mis en lumière les accointances entre la Fédération internationale de football association (FIFA) et des régimes autoritaires. Cette critique a évolué dans le temps, au gré des aléas footballistiques des clubs français et de la sélection nationale. Jusqu’aux années 1980, la France était une nation de football médiocre, sans palmarès. Loisir ouvrier, le football était ignoré par les intellectuels. Etre un intellectuel de gauche et aimer le football n’allait pas de soi. Albert Camus fut longtemps une rare exception à la règle. Avec les premiers succès des Bleus (Coupe d’Europe des nations en 1984, puis Coupe du monde en 1998), le football s’est popularisé et le regard a changé. Les classes cultivées se sont prises d’intérêt pour ce sport et ont admiré des joueurs français recrutés par les plus grands clubs européens. Michel Platini, Zinédine Zidane et Kylian Mbappé personnifient les trois âges de la popularisation de ce sport en France. « L’épopée » des Verts [l’AS Saint-Etienne] dans les années 1970 et la victoire des Bleus, champions du monde en 1998, ont sorti le football de la rubrique sportive. Ce sport est devenu un phénomène autant culturel que sportif. La condescendance à l’égard du football a fait place à la critique d’un « sport spectacle » devenu « inauthentique » par rapport à un passé embelli au nom de la « sincérité ». On aurait détruit « l’esprit » du football populaire, ancré dans les communautés : ce lieu commun s’est imposé dans les analyses footballistiques. Appelons cela « critique artiste » – une expression empruntée à Luc Boltanski et à Eve Chiapello, dans Le Nouvel Esprit du capitalisme, en 1999 – du football. Selon cette critique, le capitalisme aurait tué le football depuis une trentaine d’années : instrumentalisation politique et marchandisation tous azimuts (prix des matchs exorbitants, répression policière des supporteurs), dénaturation du beau jeu, par l’assistance vidéo à l’arbitrage, ou exacerbation du racisme, notamment l’islamophobie avec l’interdiction du port du hidjab dans les compétitions féminines. Il vous reste 60.33% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.