Le patrimoine franco-canadien a perdu l’un de ses soutiens fédéraux. Dans la foulée des compressions budgétaires à Ottawa, Bibliothèque et Archives Canada a aboli un programme de financement, au grand désarroi de certains organismes, qui craignent de voir s’effacer une partie de la mémoire francophone au pays.« J’aime dire : “Je suis documenté, donc je suis” », lance au téléphone Denis Perreaux, directeur général de la Société historique francophone de l’Alberta. Sans archives, croit-il, les communautés francophones du pays risquent de disparaître des récits historiques.Pendant 10 ans, le gouvernement fédéral a octroyé des subventions de quelques millions de dollars par année afin de financer des projets de conservation du patrimoine franco-canadien par l’entremise du Programme pour les collectivités du patrimoine documentaire. Mais le programme n’accepte plus les candidatures depuis 2026. Le gouvernement canadien explique cette fermeture par « l’examen exhaustif des dépenses annoncé au début de l’été 2025 », peut-on lire sur la page de Bibliothèque et Archives Canada.« Si on ne conserve pas les archives, dans 50 ans, on n’existe plus », affirme pour sa part le directeur général de la Société historique de la Saskatchewan, Alexandre Chartier. À ses yeux, la fin du programme est une grande perte pour les communautés francophones en situation minoritaire, dont les archives sont particulièrement vulnérables.La subvention, explique-t-il, permettait notamment l’embauche d’archivistes professionnels. Désormais, craint M. Chartier, « sans compétence dans les organisations et dans chaque communauté, les documents deviennent des piles de papiers ou de dossiers numériques ». « Leur traitement archivistique devient très complexe et coûteux dans la meilleure situation. La plupart du temps, les vracs documentaires sont mis à la benne dans l’objectif de “faire de la place” », ajoute-t-il.Questionné sur la fin du programme, Bibliothèque et Archives Canada a reconnu que cette décision pourrait « réduire la capacité de certains organismes régionaux à préserver et à faire connaître des récits enracinés dans leurs communautés à travers le Canada ».L’organisme fédéral a toutefois ajouté qu’il était « déterminé à collaborer étroitement avec les archives et les organismes du patrimoine partout au pays, et à explorer d’autres moyens non financiers de soutenir l’accès au patrimoine documentaire du Canada ».Se tourner vers les provincesPrivées de cette source fédérale de financement, les sociétés historiques devront davantage se tourner vers les gouvernements provinciaux. Cette avenue comporte toutefois son lot de risques, selon Alexandre Chartier.« Par le passé, nous avons dû composer avec les politiques gouvernementales en faveur ou en défaveur de la francophonie en Saskatchewan, ainsi qu’avec des directions de ces organisations pro ou contre la francophonie. Malgré la déontologie à laquelle les archivistes doivent obéir, nous pouvons témoigner que des destructions d’archives francophones ont pu avoir lieu dans le passé — dans les années 2000, par exemple », explique-t-il, tout en notant que la relation avec le gouvernement de la Saskatchewan est aujourd’hui « très bonne ».Mais encore, croit-il, certains pourraient être tentés de donner leurs archives à des entreprises américaines qui prennent en charge l’archivage, comme le révélait au début mai le rapport Les journaux franco-canadiens. État des collections et candidats à l’océrisation. Et « dans le contexte actuel, rien n’empêche [les États-Unis] d’éliminer l’histoire d’une autre minorité ». « On assiste littéralement à un mécanisme digne du roman de George Orwell ! » lance-t-il.
Les compressions budgétaires d’Ottawa mettent des archives franco-canadiennes à risque
Des organismes craignent la destruction d’une partie de la mémoire francophone du pays.











