Après avoir envisagé de mettre à la porte les bibliothécaires de ses prisons pour économiser de l’argent, le gouvernement fédéral fait marche arrière et annonce qu’il maintient finalement ce service cher aux détenus.« Les services de bibliothécaire existants seront maintenus dans les établissements fédéraux et les lettres informant les employés concernés de leur statut d’employé touché sont révoquées », a confirmé lundi Esther Mailhot, porte-parole de Service correctionnel du Canada (SCC).Des bibliothécaires avaient reçu ce printemps un avis que leur poste serait éliminé, dans le cadre d’un plan visant à réduire les dépenses du gouvernement fédéral. Ce projet a choqué des intervenants, employés, parlementaires et simples citoyens, à en croire les explications de SCC, qui dit avoir « tenu compte de [leurs] commentaires ». Absents de cette liste sont les utilisateurs de ces bibliothèques, soit les lecteurs qui purgent une peine.En 2025, le gouvernement Carney a donné l’ordre à la plupart de ses ministres de trouver des économies de l’ordre de 15 % de leur budget sur trois ans. Pour Service correctionnel du Canada, cela signifiait des coupes de 75,5 millions de dollars dès cette année (2026-2027), pour arriver à retrancher à terme 132,2 millions de dollars du budget annuel d’ici à l’année 2028-2029.Un service importantUne campagne menée par le « Groupe de lecture pour détenus », un organisme qui distribue gratuitement des ouvrages dans les prisons du pays, a revendiqué lundi cette victoire. « Ces bibliothèques sont absolument, extraordinairement importantes pour les détenus. Mais leurs voix ne sont jamais entendues », déplore son directeur, Tom Best, en entrevue au Devoir depuis Toronto.Son groupe conteste d’ailleurs l’estimation de SCC selon laquelle une vingtaine de postes de bibliothécaires étaient concernés. Il estime plutôt qu’il existe une trentaine de responsables des 38 bibliothèques dans les prisons fédérales du pays.La bibliothécaire Romy Otayek, qui a rédigé un mémoire de maîtrise sur la bibliothèque en milieu carcéral québécois, souligne que les détenus n’ont pas accès à Internet. Ils doivent trouver dans des livres les informations de base sur la vie à l’extérieur qu’ils retrouveront un jour. « Pour les détenus, la bibliothécaire est une personne de confiance, neutre. Elle ne fait pas partie de l’autorité. »La bibliothèque fait partie du « continuum de services pour la réhabilitation », confirme Frédérick Armstrong, cotitulaire de la Chaire UNESCO de recherche appliquée pour l’éducation en prison. Mais bonne chance de s’y retrouver sans bibliothécaire. « Une bibliothèque sans bibliothécaire, ce n’est qu’un entrepôt de livres. »
Les bibliothécaires des prisons fédérales sont sauvés
Le fédéral souhaitait abolir leurs postes par souci d’économie, ce que dénonçaient militants et chercheurs.
Le gouvernement canadien maintient ses bibliothécaires pénitentiaires, révoquant l'élimination de 20-30 postes inclus dans les coupes budgétaires fédérales. L'accès aux ressources qualifiées est essentiel pour la réhabilitation des détenus sans Internet, selon les normes ONU.








