Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Prisons Prisons Prisons Tribune Hervé Guihard Ancien maire de Saint-Brieuc Hervé Guihard, ancien maire de Saint-Brieuc, s’inquiète, dans une tribune au « Monde », de la situation alarmante des prisons en France, que le Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe qualifie d’« entrepôts humains ». Il appelle à préférer la réparation à la coercition. Publié aujourd’hui à 12h30 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Certains chiffres en disent plus long sur l’état d’une institution qu’un rapport détaillé. A la maison d’arrêt de Saint-Brieuc, construite en 1903 pour 70 détenus, le taux d’occupation dépasse régulièrement 240 %. En 2019, il a atteint 285 %. Dans un rapport de 2022, le contrôleur général des lieux de privation de liberté notait qu’il s’agissait de l’un des établissements « les plus surpeuplés de France, territoires d’outre-mer inclus ». Saint-Brieuc n’est pas une exception, mais un miroir. La France compte aujourd’hui plus de 88 600 détenus pour environ 63 000 places. Près de 7 700 personnes dorment sur des matelas à même le sol. Le 22 janvier, le Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe a mis en garde contre une évolution en « entrepôt humain ». Un détail capital mérite d’être précisé : cette surpopulation ne touche pas uniformément le parc pénitentiaire. Ce sont les maisons d’arrêt, où sont accueillis les prévenus et les condamnés à de courtes peines, qui concentrent les effets de la crise. Le taux d’occupation y était de 171 % au début du mois d’avril. Les établissements pour peines, eux, ne sont jamais, ou rarement, en situation de surpopulation. C’est en amont de la condamnation définitive, lorsque la présomption d’innocence devrait primer, que la dignité est le plus largement bafouée. Face à une telle réalité, qui broie autant les détenus que les personnels pénitentiaires, est-ce vraiment une solution que de bâtir une nouvelle maison d’arrêt à Saint-Brieuc ? La tentation de construire est ancienne. En trente ans, le nombre de places de prison a doublé en France sans que la population carcérale cesse d’augmenter. Le « plan 15 000 places », lancé en 2017 pour 3,9 milliards d’euros, a dérivé jusqu’à 5,7 milliards, n’a livré que 5 000 places, et n’a pas diminué la surpopulation. En 2025, la Cour des comptes concluait sobrement que le ministère « gagnerait à envisager des dispositifs alternatifs à l’incarcération ». C’est un euphémisme, car 40 % du budget de la justice est consacré à l’administration pénitentiaire. C’est autant de moins pour les tribunaux civils, les magistrats et l’aide juridictionnelle. Pendant ce temps, dans certaines juridictions, il faut parfois sept à douze mois pour obtenir une décision fixant une pension alimentaire ou un droit de visite pour un enfant. Il vous reste 57.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Prisons surpeuplées : « Il est urgent de réserver l’incarcération aux crimes et délits les plus graves et aux individus dangereux »
TRIBUNE. Hervé Guihard, ancien maire de Saint-Brieuc, s’inquiète, dans une tribune au « Monde », de la situation alarmante des prisons en France, que le Comité pour la prévention de la torture du Conseil de l’Europe qualifie d’« entrepôts humains ». Il appelle à préférer la réparation à la coercition.






