Immense succès surprise aux États-Unis, ce film d’horreur psychologique – dans le labyrinthe crasseux de bureaux infinis – propose une odyssée mentale qui bouscule tous nos repères. Entrez dans "Backrooms"…Prégénérique de "Backrooms": un homme parle seul et se filme dans un enchaînement de pièces jaunâtres, sortes d’espaces de coworking vides où ne restent que quelques meubles, des fils électriques et des moquettes qui gardent encore la trace des occupations passées. L’homme qui porte la caméra parle seul, cherche son chemin, et arrive enfin à une sorte de Q. G. Là, via un interphone relié au reste du "bâtiment", il appelle à l’aide. Mais rien ne survient…Flash-back. Sur le parking d’une zone commerciale, un homme se gare. Il rejoint le grand magasin de meubles dont il semble être le gérant. Plus tard, il découvre dans le mur une étrange porte dérobée. Il se retrouve alors à évoluer dans un labyrinthe de pièces vides, à la moquette humide et au papier peint vieilli… Un silence lourd, uniquement rompu par le grésillement électrique des plafonniers. Le temps semble s’étirer, les pièces se ressemblent toutes. A-t-il trouvé un lieu réellement secret et improbable? Ou sa raison est-elle en train de le quitter?Backrooms | Official Trailer HD | A24Le triomphe de la terreur psychologiqueLe cinéma de genre vit un âge d'or captivant. Après le succès phénoménal d’"Obsession" (encore sur nos écrans), une vague de films de "psycho-horror" déferle, prouvant que le public préfère désormais le frisson cérébral aux simples sursauts attendus. Ce qui permet au studio indépendant A24 (à qui l’on doit notamment des chefs-d'œuvre viscéraux comme "Hérédité" et "Midsommar" d'Ari Aster) de montrer son insolente suprématie.En confiant les rênes d'un blockbuster à Kane Parsons – un jeune prodige de 20 ans qui a imaginé cet univers sur YouTube à travers une série de courts-métrages d'animation 3D ultra-réalistes –, le studio prouve qu'il sait capter l'air du temps, loin des recettes calibrées d'Hollywood.Ici, on combine les codes de l'"analog horror" et du found-footage pour un style qui s’inspire des vieilles cassettes vidéo ou des enregistrements amateurs pour suggérer que les images sont réelles. Les cadrages étouffants et l'utilisation de caméras à l'épaule créent ce sentiment d’espaces liminaux – ces lieux de passage déserts qui provoquent un malaise instinctif. Une esthétique qui sous-entend à la fois l’idée d’une entreprise morne qui vous digère et la matérialisation «en vrai» d’un programme informatique qui tourne, infini et absent comme une IA, et qui, à terme, ne pourra que nous rendre fous collectivement.Une erreur est survenueVeuillez actualiser cette pageRenate Reinsve, en thérapeute, est fascinante de vulnérabilité lorsqu'elle perd elle-même pied face à l’inexplicable. ©A24L'architecture du vide et du dégoûtTout cet univers "Backrooms" s'inspire en fait d'une célèbre "creepypasta" (une mythologie noire qui se développe via le web), née sur un forum type "4chan" – c’est-à-dire basé sur un gigantesque partage d’images (glauques). Une légende qui induit que l'on puisse «no-clipper» comme dans un jeu vidéo, c'est-à-dire passer volontairement à travers les murs pour gagner une autre dimension, mais pour finir piégé dans un dédale non consenti.Sous ses faux airs de cauchemar abstrait, «Backrooms» raconte la solitude moderne et la perte de repères dans une société ultra-connectée mais profondément désespérée. Le dédale devient la métaphore parfaite de nos anxiétés contemporaines, où tout sous-menu en ouvre un nouveau jusqu’au vertige, ou à l’arrêt de la pensée.Chiwetel Ejiofor ("The Life of Chuck", "The Pod Generation") est un visage déjà bien connu des amateurs de fantastique. La présence ici de Renate Reinsve, habituée aux subtilités des films d’auteur européens comme "Armand" ou "Sentimental Value", s'avère plus surprenante. Ensemble, ils apportent une humanité essentielle à ce trip conceptuel.Reinsve, en thérapeute, est fascinante de vulnérabilité lorsqu'elle perd elle-même pied face à l’inexplicable. Une expérience esthétique et sensorielle hors norme, qui prouve que le cinéma d'horreur n'a pas fini de se réinventer, et d'exploiter sans complexe les esthétiques mornes qui nous révèlent, et nous sidèrent.Behind the Backrooms - An On Set Interview w/ Kane Parsons