Culture LivresLivres. Une nouvelle biographie de la fille unique de Necker remet en lumière cette femme libre, libérale et cosmopolite, qui fut sous l’Empire une des opposantes les plus farouches à Napoléon. Publié le 13/06/2026 à 09:00bookmarkGermaine de Staël, ici peinte par François Gérard, aura tenu tête comme personne à Napoléon. François Gérard, 1802/Wikimedia CommonsGermaine de Staël se posait cette question éternelle peu avant sa mort, au début de la Restauration, en 1816 : "Les ténèbres ou les lumières triomphent-elles en Europe ?" Deux ans plus tôt, dans une autre lettre, elle écrivait : "L’exil m’a fait perdre les racines qui me liaient à Paris et je suis devenue par mes goûts européenne." L’Europe aura été la grande affaire de la vie de cette femme qui était franco-genevoise d’origine, suédoise par son mariage et germanophile par ses lectures. Ancienne présidente de la Société des études staëliennes et directrice des Cahiers staëliens, l’universitaire Stéphanie Genand vient de publier la nouvelle biographie de référence de cette grande dame qui n’a jamais fait l’unanimité. Jadis peinte par Elisabeth Vigée-Lebrun, comme Marie-Antoinette, Germaine de Staël a tout d’une icône. Connectée aux meilleurs esprits de son temps, elle aura connu Goethe, le prince de Ligne ou Byron. Mais si Lamartine et Sainte-Beuve virent respectivement en elle un "tribun sublime" et "l’indépendance souveraine du génie au temps de l’oppression la plus entière", Napoléon n’a jamais pu souffrir cette rebelle de bonne famille. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, où il s’en moque à plusieurs reprises, la jugeant tour à tour laide, intrigante et hypocrite, il a ces mots cinglants : "Elle combattait d’une main et sollicitait de l’autre.".