Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Médias Médias Médias Tribune Louis Wiart Professeur en communication Les lois françaises ne permettent pas de répondre à l’influence que peuvent exercer les grands groupes détenteurs de médias, notamment lorsqu’ils sont propriétaires de différents canaux de diffusion, à l’instar de Vivendi, détenu par Vincent Bolloré, prévient le professeur en communication Louis Wiart, dans une tribune au « Monde ». Publié aujourd’hui à 16h30 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés La concentration dans les médias et les industries culturelles a atteint en France un niveau qui suscite de vives inquiétudes. La captation de l’attention se trouve au cœur de la concurrence à laquelle se livrent les grands groupes pour s’approprier le temps disponible du public. Cette dynamique apparaît d’autant plus préoccupante quand elle est mise au service d’un projet politique. En témoigne l’orientation idéologique de l’empire médiatique de Vincent Bolloré, aux visées à la fois ultraconservatrices et populistes, susceptibles de constituer une menace pour la diversité culturelle, le pluralisme de l’information et la vitalité du débat public, pourtant essentiels au bon fonctionnement d’une société démocratique. Si la concentration des médias fait l’objet d’une régulation, cette dernière apparaît de plus en plus inadaptée au contexte contemporain. Les lois de 1986, relatives à la presse écrite et aux médias audiovisuels, fixent des seuils au-delà desquels un même propriétaire ne peut détenir ou contrôler plusieurs médias. Le droit commun de la concurrence s’applique également lorsque des opérations de rachat atteignent certains niveaux de chiffre d’affaires. Cependant, cette régulation fonctionne encore largement en silo : les différents secteurs demeurent cloisonnés et les dispositifs juridiques ne sont pas articulés entre eux. La logique réglementaire en vigueur ne permet pas de répondre correctement aux défis posés par les concentrations diagonales, dans lesquelles un même groupe rassemble des activités relevant de secteurs distincts mais complémentaires, comme la presse, la radio, la télévision, le cinéma, l’édition de livres, la communication et la publicité, entre autres. Un groupe plurimédia est ainsi susceptible de maîtriser de multiples points d’accès entre le public et les contenus culturels, sans pour autant contrevenir à la réglementation. En synchronisant stratégiquement ses activités, il est en mesure de renforcer sa capacité à capter l’attention du public et à mettre à l’agenda des imaginaires, des esthétiques, des idées et des visions du monde. Le risque identifié par l’analyse économique est celui d’une « capture médiatique » de l’opinion publique, au profit d’intérêts politiques et industriels particuliers. Il vous reste 62.97% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.