Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Médias Médias Médias Tribune Jean-Christophe Tortora Directeur général délégué de CMA Media Alors que s’ouvre, lundi à Marseille, le Congrès mondial des médias d’information, Jean-Christophe Tortora, directeur général délégué de CMA Media, explique, dans une tribune au « Monde », à quel point l’intelligence artificielle représente une menace existentielle pour le secteur. Publié aujourd’hui à 06h30 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Nous ne vivons pas une simple évolution technologique, mais une rupture profonde dans l’accès à l’information. En quelques mois, l’intelligence artificielle (IA) a bouleversé la manière dont les citoyens accèdent aux contenus écrits. L’utilisateur ne navigue plus, il interroge. Et il obtient désormais une réponse sans aller directement à la source. Cette transformation survient alors que, depuis trente ans, les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et les plateformes technologiques avaient déjà progressivement capté la relation entre les éditeurs et leurs lecteurs, fragilisant durablement le modèle économique des médias d’information. L’IA pousse aujourd’hui cette logique à un niveau inédit. Elle ne renvoie plus seulement vers les contenus ; elle se substitue progressivement à eux comme point d’entrée principal vers l’information. Le clic disparaît et, avec lui, la visibilité des éditeurs, leur relation avec le public et une part essentielle de leur capacité à financer une information indépendante. Ce n’est donc pas une crise conjoncturelle, c’est une menace existentielle qui se profile. Car le risque n’est pas seulement économique. Il est démocratique. Une presse qui ne maîtrise plus les conditions d’accès, de diffusion, d’exploitation et de rémunération de ses contenus perd progressivement son autonomie. Cette transformation s’inscrit dans une asymétrie industrielle devenue structurelle. D’un côté, une industrie des médias fragmentée et aux moyens limités ; de l’autre, quelques acteurs technologiques mondiaux capables d’investir massivement dans l’IA, le cloud [informatique dématérialisée], les semi-conducteurs et la recherche. Plusieurs priorités Dans ce déséquilibre, les contenus journalistiques sont devenus une ressource essentielle des systèmes d’IA, sans que leur usage et leur rémunération soient clairement encadrés. Il en résulte une dépendance réciproque : les médias ne peuvent agir seuls à cette échelle, mais les systèmes d’IA ne peuvent fonctionner sans les contenus qu’ils exploitent. C’est ce rapport qu’il faut désormais rééquilibrer. Il vous reste 66.93% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.