Une étude dirigée par l’EPFL montre que des profils de connectivité cérébrale propres à chaque individu permettent d’identifier les patients atteints de la maladie de Parkinson présentant des hallucinations et de révéler des signes précoces de vulnérabilité cognitive.Chaque cerveau est câblé différemment. Grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), les scientifiques peuvent cartographier la manière dont différentes régions du cerveau communiquent entre elles sur le plan fonctionnel, créant ainsi un « connectome ». Ces schémas sont suffisamment uniques pour servir d’empreintes cérébrales, ouvrant de nouvelles perspectives pour une médecine personnalisée.La maladie de Parkinson est surtout connue pour provoquer des tremblements et des difficultés motrices, mais de nombreux patients présentent également des symptômes non moteurs, notamment des hallucinations. La forme la plus légère, appelée hallucinations mineures, comprend de brèves sensations de présence ou de courtes distorsions visuelles. Ces symptômes touchent jusqu’à 40% des patients, apparaissent souvent tôt dans l’évolution de la maladie et sont associés à un risque accru de déclin cognitif ultérieur.La plupart des études précédentes ont comparé des groupes de patients en moyenne, ce qui risque de masquer des différences importantes entre individus. Or, dans la maladie de Parkinson, les trajectoires neurologiques peuvent varier considérablement d’une personne à l’autre.Cartographier le connectome dans la maladie de ParkinsonUne équipe dirigée par Sara Stampacchia et Olaf Blanke au Laboratoire de neurosciences cognitives de l’EPFL a appliqué pour la première fois l’approche des empreintes cérébrales à des patients atteints de la maladie de Parkinson à l’aide de l’IRMf au repos, une méthode largement utilisée pour cartographier la connectivité cérébrale avec une grande précision spatiale.Leurs travaux, publiés dans Nature Mental Health, montrent que ces signatures individuelles du connectome sont préservées dans la maladie de Parkinson et qu’elles contiennent des informations cliniquement pertinentes.Les chercheurs ont travaillé avec des patients atteints de la maladie de Parkinson, certains présentant des hallucinations mineures et d’autres non. Chaque participant a subi une IRMf au repos. Contrairement aux protocoles demandant d’effectuer une tâche, l’IRMf au repos enregistre l’activité spontanée du cerveau et capture la manière dont différentes régions communiquent au sein du connectome.L’équipe a ensuite divisé chaque scan en deux moitiés, traitées comme des sessions distinctes, afin de déterminer si le profil de connectivité cérébrale de chaque patient était suffisamment stable et unique pour permettre son identification au sein du groupe.Les empreintes cérébrales révèlent des différences cachéesLa méthode a correctement identifié chaque patient à partir de son seul profil de connectivité cérébrale, qu’il présente ou non des hallucinations.Les réseaux à l’origine de ces signatures différaient toutefois entre les deux groupes. Comparés aux patients sans hallucinations, ceux présentant des hallucinations mineures montraient une perte de caractéristiques distinctives dans le réseau du mode par défaut (DMN). Comme ce réseau figure parmi les plus individualisés chez les personnes en bonne santé cognitive, cette réduction pourrait constituer un biomarqueur précoce du risque accru de déclin cognitif dans ce groupe.À l’inverse, d’autres réseaux, notamment les connexions cérébello-corticales ainsi que les réseaux somatomoteur et fronto-pariétal, apparaissaient comme des moteurs importants de l’identifiabilité. Cette observation est intéressante car les processus d’intégration sensorimotrice sont soupçonnés de jouer un rôle dans l’apparition des hallucinations mineures, tandis que des altérations fronto-pariétales ont déjà été associées à ce symptôme dans des travaux antérieurs.En exploitant cette singularité, l’équipe a proposé une nouvelle méthode permettant de dériver des réseaux spécifiques à chaque patient. Elle a montré que, chez les patients présentant des hallucinations mineures, la force de connectivité dans ces réseaux était associée aux performances dans des tests des fonctions frontales et exécutives, alors même que la plupart des participants obtenaient encore des scores cognitifs globalement normaux.Chez les patients sans hallucinations, la même approche expliquait plutôt la variabilité de la sévérité des symptômes moteurs. Cette divergence suggère que les deux groupes suivent déjà des trajectoires neurologiques différentes et montre qu’il est possible de caractériser des altérations cérébrales individualisées liées à l’expression des symptômes cliniques.Les chercheurs ont également constaté que les profils d’empreintes cérébrales étaient associés à différents systèmes de neurotransmetteurs selon les groupes. Chez les patients sans hallucinations, ces profils étaient principalement liés aux systèmes dopaminergiques. Chez les patients présentant des hallucinations, ils étaient davantage associés à la sérotonine, au GABA et à l’acétylcholine, tous déjà impliqués dans les hallucinations et le déclin cognitif liés à la maladie de Parkinson.Vers une prise en charge plus précoce et plus personnaliséeL’étude montre que des différences subtiles de fonctionnement cérébral peuvent être détectées au niveau individuel dès les premiers stades de la maladie, avant l’apparition d’une altération cognitive majeure.Ces résultats pourraient aider les chercheurs à mieux comprendre pourquoi certains patients connaissent un déclin cognitif plus rapide que d’autres et pourquoi les réponses aux traitements varient d’un individu à l’autre. Les auteurs soulignent toutefois que l’étude reposait sur un nombre relativement limité de patients et sur des acquisitions d’IRM courtes. Des études plus vastes, avec des acquisitions plus longues, seront nécessaires avant toute application clinique.Autres contributeursUniversité de GenèveUniversité de BirminghamHôpital Sant PauUniversitat Autònoma de Barcelona (UAB)Centro de Investigación en Red-Enfermedades Neurodegenerativas (CIBERNED)Institut de recherche biomédicale IIB-Sant PauHôpitaux universitaires de GenèveFinancementFonds national suisse de la recherche scientifiqueCARIGEST SA (Fondazione Teofilo Rossi di Montelera e di Premuda et autres)Parkinson SuisseProgramme de bourses postdoctorales Neuro X de l’EPFLFondation LeenaardsFondation SynapsisCIBERNED (Institut Carlos III)Fonds italien pour la science (FIS)Instituto de Salud Carlos III (ISCIII)PERISGeneralitat de CatalunyaRéférencesSara Stampacchia, Fosco Bernasconi, Dimitri Van De Ville, Enrico Amico, Lada Kohoutová, Javier Pagonabarraga, Jaime Kulisevsky, Olaf Blanke. Patient-specific functional networks track early cognitive alterations and minor hallucinations in Parkinson’s disease. Nature Mental Health 08 June 2026. DOI: 10.1038/s44220-026-00657-x
Parkinson : des scanners détectent un risque cognitif précoce
Une étude dirigée par l’EPFL montre que des profils de connectivité cérébrale propres à chaque individu permettent d’identifier les patients atteints de la maladie de Parkinson présentant des hallucinations et de révéler des signes précoces de vulnérabilité cognitive.







