À l’origine de votre projet, il y a une expérience très personnelle, pouvez-vous nous en dire plus ?À la naissance de mon fils, je me suis rendue compte que les cadeaux de naissance étaient souvent les mêmes. On reçoit beaucoup d’objets, parfois utiles, mais assez impersonnels. Même les objets personnalisés restent finalement standardisés. Pourtant, à ce moment-là, ce dont j’avais le plus besoin, c’était de créer du lien avec mes proches et mon bébé. Infirmière de formation, je n’avais pas vocation à créer une marque. Avec Ange et Madeleine, je propose aujourd’hui une réponse très personnelle à une question devenue centrale : que signifie vraiment offrir, dans une société saturée d’objets ? Entre héritage familial, quête de sens et volonté de ralentir, je cherche à redonner une dimension émotionnelle aux cadeaux que l’on fait à ses proches.Votre grand-mère a une grande influence dans votre projet. En quoi a-t-elle été déterminante ?Ma grand-mère m’a écrit une lettre à chacun de mes anniversaires depuis que je suis petite. Ce sont des trésors. Je les ai toutes gardées. Avec le recul, je réalise que ces lettres ont bien plus de valeur que n’importe quel objet. Elles racontent une relation, une époque, des émotions. C’est une trace vivante. C’est vraiment ce souvenir-là qui a été le point de départ de la marque : comment recréer ce type de transmission aujourd’hui ?Est-ce aussi une façon de questionner notre manière de consommer ?Oui, d’une certaine manière. On est dans un monde où l’on consomme beaucoup, très vite. Et en parallèle, on sent émerger une envie de ralentir. Après le Covid, beaucoup de personnes ont ressenti ce besoin de revenir à quelque chose de plus vrai, de plus tangible. On est très dans le virtuel, dans des échanges rapides, parfois superficiels. Or, ce qui nous marque vraiment, ce sont les choses palpables : une lettre écrite à la main, un objet que l’on garde, un rituel que l’on partage. C’est ça que j’ai voulu remettre en lumière.Concrètement, comment cette vision se traduit-elle dans vos créations ?Au départ, j’ai imaginé des coffrets d’écriture. L’idée était simple : offrir un support pour écrire de jolies lettres et créer un rituel familial, un peu à l’image de celui que j’avais avec ma grand-mère. Je ne voulais pas supprimer les objets, mais leur redonner du sens. Cependant, j’ai compris qu’il manquait quelque chose pour en faire un cadeau “complet”. J’ai donc intégré des créations textiles : des t-shirts et des sweatshirts, en coton bio certifié, avec des modèles sobres, que l’on peut porter au quotidien. Je préfère proposer peu de produits, mais avec une vraie exigence de qualité.Vous insistez sur cette notion de qualité et de durabilité. Pourquoi est-ce central ?Parce que c’est cohérent avec le message. On ne peut pas parler de transmission et proposer des produits jetables. Les vêtements ont été testés pendant sept mois, par des adultes et des enfants, dans toutes les situations : à la plage, à l’école, dans l’herbe… Ils ont vraiment été éprouvés. Ils sont brodés en Bretagne, avec des partenaires que j’ai rencontrés. J’ai visité les ateliers, vu les personnes travailler. Il y a de l’humain derrière chaque pièce, et c’était essentiel pour moi.En complément de vos coffrets, vous développez aussi des outils pour guider l’écriture, c’est bien ça ?Oui, à partir du mois de mai, on ajoute un QR code qui redirige vers des amorces d’écriture, parce que se lancer dans une lettre, ce n’est pas toujours évident. Je veux guider sans imposer. Donner des idées, des points de départ, pour que chacun puisse s’approprier l’exercice.Vous avez étendu votre gamme de produits et vous proposez désormais des créations en édition limitée : de quoi s’agit-il ?En effet, je travaille sur des collections capsules, toujours avec cette logique de lien et de transmission. Pour la rentrée, par exemple, on lance une collection mère-fille avec des tabliers assortis. Je développe aussi des blouses en lin parent-enfant, que je confectionne moi-même. Je fais beaucoup de choses à la main, et je tiens à ne rien gaspiller. J’utilise mes chutes de tissu pour créer des lingettes ou des pièces uniques. J’ai aussi la chance d’avoir accès à des tissus anciens de très grande qualité. Ce serait dommage de ne pas leur donner une seconde vie.Votre famille joue un rôle dans le développement de la marque…Elle a une place centrale. Elle s’exprime d’abord dans le nom “Ange et Madeleine”, qui est un hommage à mon arrière-grand-père et à ma grand-mère, mais aussi aux prénoms de mes enfants. Elle se retrouve ensuite au cœur même du projet. Ma mère, par exemple, a conservé de nombreux magazines de mode et de décoration, qui nous ont inspirées pour imaginer certaines collections. Elle s’est même remise au crochet pour créer une collection capsule de chapeaux en paille peints à la main, ornés de fleurs en crochet, Qui sera personnalisable par ornement de ces petits éléments en crochet. Ce sont de très petites séries, presque des pièces uniques. Vous êtes encore infirmière aujourd’hui. Comment envisagez-vous la suite, entre cette activité et le développement de votre marque ?C’est une vraie question… Je suis toujours infirmière en effet, mais je vais devoir faire un choix à court terme. La marque prend de l’ampleur, et j’ai envie de m’y consacrer pleinement. J’aimerais ouvrir un atelier, avec deux ou trois personnes, pour travailler ensemble, et peut-être développer des ateliers parents-enfants ? Ce que je veux, c’est avant tout de continuer à transmettre la valeur du partage, parce qu’au fond, ce que je propose, ce ne sont pas seulement des produits, mais une autre manière de se relier aux autres.À proposAnge et Madeleine est une marque française fondée par Noémie Gaultier. Elle propose des coffrets d’écriture et des pièces textiles durables conçus pour recréer du lien familial et encourager la transmission intergénérationnelle. Entre artisanat, production locale et éditions limitées, la marque défend une consommation plus lente et plus consciente.https://www.angeetmadeleine.fr/
Ange et Madeleine, des cadeaux pour recréer du lien
Et si le plus beau cadeau n’était plus un objet, mais un souvenir à transmettre ? L’idée de Noémie Gaultier, entre transmission écrite et créations textiles.













