La crise qui secoue Cuba s’aggrave de jour en jour. Entre pénurie de pétrole, retrait massif de partenaires étrangers et nouvelles sanctions américaines, l’île fait face à une situation « inédite » et s’enfonce dans une crise humanitaire sans précédent, selon un expert.« C’est inédit pour Cuba et c’est surtout une situation provoquée par l’homme », affirme François Audet, professeur à l’UQAM et directeur général de l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaires. « Il y a vraiment une velléité rationnelle du gouvernement américain de faire souffrir la population cubaine. »En plus de la pénurie de pétrole qui dure depuis janvier, la situation sur l’île de 9,6 millions d’habitants s’est aggravée de façon importante cette semaine avec le retrait de plusieurs entreprises étrangères, craignant des sanctions économiques de Washington.« C’est un peu la “tempête parfaite” pour qu’une crise humanitaire généralisée de sécurité alimentaire et d’accès aux soins de santé se mette en place, et c’est ce qu’on est en train d’observer », estime M. Audet.Jeudi, Washington a placé sous sanctions économiques plusieurs personnalités cubaines, dont le président, Miguel Díaz-Canel, et des membres de la famille Castro.Retrait des entreprises étrangèresDepuis janvier, le gouvernement Trump mène une politique de pression maximale contre Cuba, affirmant que l’île communiste représente une menace extraordinaire pour la sécurité nationale des États-Unis. Le président américain a plusieurs fois laissé entendre qu’il pourrait en « prendre le contrôle ».Outre son embargo pétrolier, Washington cible le Groupe d’administration d’entreprises (GAESA) lié à l’armée. Les entreprises étrangères présentes sur l’île avaient jusqu’au 5 juin pour rompre leurs liens avec le conglomérat militaro-économique.Ainsi, plusieurs groupes hôteliers internationaux se sont désengagés de la gestion de près d’une centaine d’établissements touristiques sur l’île, la plupart associés à GAESA. Les transactions par carte de crédit par Visa et Mastercard sont suspendues depuis samedi, ayant historiquement été gérées par une banque étrangère et par Fincimex, une filiale financière de GAESA.Les grandes compagnies aériennes canadiennes ont également suspendu indéfiniment leurs vols et leurs autres activités sur l’île.Pour M. Audet, cette « fin de tourisme massif » représente « une rupture importante dans l’économie cubaine », puisqu’« une grande partie du PIB de Cuba, c’est l’industrie touristique ».« C’est [aussi] une réduction importante et même historique d’entrée des devises étrangères, notamment américaines, ou des euros ou des dollars canadiens, peu importe, qui permettent à Cuba de pouvoir acheter sur le marché régional », ajoute-t-il.Le professeur de l’UQAM évoque également une perte de plusieurs milliers d’emplois, notamment pour les jeunes qui travaillent généralement dans l’hôtellerie. « C’est un drame épouvantable, parce qu’il n’y a pas vraiment d’avenir pour eux sur l’île », dit-il, évoquant une potentielle future « émigration massive ».
Cuba au bord de la crise humanitaire, selon un expert
La situation sur l’île s’est aggravée cette semaine avec le retrait de plusieurs entreprises étrangères.













