Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Climat Climat Climat Tribune Stefan C. Aykut Sociologue Amy Dahan Mathématicienne et historienne des sciences Le sociologue Stefan C. Aykut et la mathématicienne et historienne des sciences Amy Dahan estiment, dans une tribune au « Monde », que la crise écologique en cours ne saurait se réduire à des enjeux de politique énergétique, et qu’elle doit être comprise comme un fait global au cœur d’un « grand jeu mondial ». Publié aujourd’hui à 17h00 Temps de Lecture 3 min. Article réservé aux abonnés Depuis quelques jours, certains commentateurs proclament avec soulagement que la fin du monde n’aura pas lieu. En cause : le rejet par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de certains scénarios parmi les plus catastrophistes. L’alerte climatique serait très exagérée et il serait temps de revoir à la baisse les ambitions écologiques. C’est un contresens majeur. La trajectoire médiane du GIEC reste celle d’un réchauffement proche de 3 °C au cours du siècle. Trois degrés : pas une simple aggravation du climat, mais le passage à un autre monde, marqué par des canicules extrêmes, des tensions massives sur l’eau, l’alimentation, les assurances, les infrastructures… Cette conjoncture nous fait inexorablement entrer dans une zone de grande instabilité. Les conditions matérielles sur lesquelles les sociétés fossiles avaient bâti leur prospérité se désagrègent. De plus, les conditions climatiques relativement stables qui avaient permis aux économies, aux villes et aux agricultures de se spécialiser se dérobent désormais sous nos pieds. Nous appelons cela la « mutation climatique ». Celle-ci recompose lentement mais violemment nos sociétés. Elle disloque le tissu social lorsque des événements extrêmes frappent des populations déjà fragilisées ; lorsque des politiques climatiques mal conçues creusent de nouvelles inégalités ; ou encore lorsque les pétrodollars alimentent corruption, désinformation et dérives autoritaires. Le changement climatique n’est pas un problème isolé, mais un élément moteur dans une multicrise. Il se conjugue avec d’autres dérèglements planétaires, mais aussi avec la montée des tensions géopolitiques. Nous sommes entrés dans une zone de fortes turbulences, où chaque crise nourrit les autres. La mutation climatique soumet nos démocraties à une épreuve historique. Elles sont attaquées par des intérêts liés aux hydrocarbures, à l’intérieur comme à l’extérieur. Dislocations Il vous reste 70.07% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.